Jean-Pierre Saah, promoteur culturel et producteur des artistes-musiciens
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En effet, que nous soyons dans un quartier résidentiel comme Bastos, Santa Barbara, Etoudi, Odza à Yaoundé ou comme Bonanjo, Bonabéri, Bonandoumbe, Akwa, à Douala nous met-il à l’abri de l’insécurité comme d’aucuns le pensent très souvent? La manière tragique dont Jean-Pierre Saah est mort nous incline à nous interroger sur la vie des personnes nanties qui préfèrent vivre, rester et demeurer dans des résidences huppées avec des vigiles, des chiens méchants et leurs biens matériels et financiers? Mais sont-ils alors vraiment en sécurité?
C’est normal pour une personnalité publique dotée des moyens colossaux de vivre dans des quartiers résidentiels lorsque l’on a atteint un certain statut socio-économique. Quiconque envisage, d’ailleurs, de rester dans un quartier chic, où il y a un bien-être, voire un mieux-être à la mesure de ses moyens pécuniaires élevés. C’est le choix de la vie qui guide chacun(e) en fonction de ses aspirations, de ses desiderata, de ses représentations, de ses ways of life et, a fortiori, de son pouvoir financier. Seulement, en décidant d’aller rester dans une résidence cossue avec tous les accessoires de sécurité fortunés dont on s’accommode naturellement, l’on pense être dénué de toute aspérité liée à l’insécurité. Que nenni!
L’expérience a montré que ceux et celles qui optent pour la localisation dans des grandes bâtisses des quartiers résidentiels au Cameroun sont mus par une “solidarité organique” régie par des valeurs liées à l’égoïsme, à l’individualisme et à un certain égocentrisme. Dans les communautés culturelles camerounaises, des concitoyens restaient ensemble avec leurs frères, sœurs, cousins, neveux, parents et grands-parents. L’enfant d’une famille était l’enfant de la communauté suivant les préceptes de la solidarité mécanique qui prévalaient. Les moments de deuil et de joie étaient des instants de compassion, de communion, d’empathie, d’entraide, de piété, de spiritualité, voire d’affectivité et de magnanimité suivant que l’on fête ou que l’on est endeuillé. C’était alors le règne de ce que Ferdinand Tonnies appelle “la Gemeinschaft”, c’est-à-dire la communauté, entité qui a ceci de singulier qu’elle est restreinte au regard de la contextualisation socio-géographique.
Or, avec l’avènement des phénomènes de développement dans le monde et, singulièrement, au Cameroun, la communauté s’est muée en société, entité qui a ceci de spécifique qu’elle est large et étendue. Suivant le paradigme de Tonnies, l’on ne parle plus de “Gemeinschaft” (communauté), mais fort au contraire de “Gesellschaft” (société). Cette société, qui s’urbanise, qui se modernise, qui se libéralise et qui se mondialise au quotidien au gré des “dynamiques sociales du dedans et du dehors” au sens de Georges Balandier, est si vaste que des habitants appartenant à la classe bourgeoise choisissent de demeurer dans des enclos barricadés et sécurisés, disent-ils si l’on s’en tient à leur imaginaire individuel. Les pauvres et paupérisés appartenant à la catégorie de la classe ouvrière ou, du moins, à la classe des moins nantis restent dans des quartiers populaires comme Ekounou, Melen, Mokolo Elobi, Mvog Ada à Yaoundé ou encore comme Nkong Mondo, New Bell, Ndogbong, Makepe, à Douala.
Seulement, en décidant d’aller prendre un logis bien structuré et bien aménagé, avec vigiles et chiens méchants, l’on oublie que, quelle que soit la nature et la cohorte des moyens de la sécurité dont on dispose, l’on n’est toujours pas à l’abri de tout risque et péril des hommes sans foi ni loi, qui sont susceptibles de contourner la norme sécuritaire et de vous atteindre physiquement comme ils l’ont fait avec Jean-Pierre Saah ces derniers jours, comme ils l’avaient fait avec certaines personnalités religieuses, telles que le Père Engelbert Mveng, Mes seigneurs Albert Dongmo, Yves Plumey, Jean-Marie Benoît Balla, ou encore comme ils l’avaient fait avec Tchuidjang Pouemi à Bonabéri depuis des lustres, etc. En réalité, personne n’est à l’abri d’une agression donnée, personne n’est à l’abri d’un braquage, d’un meurtre, d’un assassinat, d’un enlèvement ou d’un crime organisé. Le risque patent et évident de vivre dans des habitats résidentiels, c’est de ne pouvoir solliciter la rescousse des membres du voisinage immédiat capables d’intervenir puisque en restant dans un enclos bien barricadé, qui pourra, par exemple, suivre les cris des agressés et des  persécutés à l’instant “t”? Personne surtout si jamais les gangsters réussissent à vous neutraliser et à vous ligoter comme ils l’ont fait avec le promoteur du Groupe Jps productions.
Pourtant, en restant, fort au contraire, dans un quartier populaire ou dans un quartier moyen, il est possible que des agents familiaux de l’environnement immédiat vous viennent en aide de manière à stopper toute velléité de cas d’agression, de braquage ou de meurtre. En fait, en alertant les voisins, il est possible de bénéficier d’une intervention de certains qui peuvent accourir, vous sécourir et continuer d’alerter d’autres compatriotes capables de sortir en masse et de dissuader les bandits. En réalité, dans les quartiers populaires et moyens, l’apport des membres du voisinage joue un rôle dissuasif des braqueurs enclins à prendre la poudre d’escampette chaque fois que les opprimés spontanés requièrent l’aide de ces derniers. Évidemment, face à la sollicitation des voisins, des agresseurs se sentent en difficulté.
Serge Aimé Bikoï, Rédacteur en Chef Panorama papers, Sociologue du développement.
 En faisant un tel article, point n’est besoin de châtier ou d’intriguer ceux et celles qui restent déjà dans des maisons cossues dans des quartiers résidentiels au point de leur faire peur, mais il s’agit de leur montrer et de leur démontrer qu’ils ne sont toujours pas à l’abri du danger qu’ils aient les caméras de surveillance ou pas ou d’autres commodités de sécurité interne tant même devant votre bâtisse, vous pouvez être traqué(e)s et tué(e). Même moi qui vous parle n’en est pas épargné! C’est Dieu qui nous protège en permanence et qui est susceptible de parer à toute éventualité puisqu’il est omniscient, omnipotent et omniprésent. C’est le protecteur des faibles, le rempart des déshérités et le bras séculier des opprimés, aliénés et maltraités.


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