© Michel Euler/AP Bernard Tapie au tribunal, mercredi.
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En 2007, quand les autorités donnent leur feu vert à un arbitrage, la guerre Tapie-Adidas-Crédit lyonnais (Cl), déclarée en 1994, s’enfonce dans un bourbier procédural dont nul ne peut prédire l’issue. Car dans un premier temps, l’homme d’affaires a gagné procès sur procès, jusqu’à son triomphe de 2005: la cour d’appel condamne le Cdr (structure chargée de gérer les investissements toxiques du Cl) à lui verser 135 millions d’euros. Mais la Cour de cassation mettra un terme à cette campagne victorieuse. Depuis, M. Tapie perd toutes ses procédures.

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Quoi qu’il en soit, en 2007, l’idée d’un arbitrage n’est pas absurde. Dès juillet 2004, une magistrate avait estimé, dans une note au procureur général de Paris, que la banque «présente une fragilité certaine» pour n’avoir pas «respecté son devoir de loyauté et de transparence à l’égard de son mandant (M. Tapie), ce qui est susceptible d’engager sa responsabilité». Cette juriste – la défense le note malicieusement – n’est autre qu’Éliane Houlette, actuel procureur national financier, dont deux collaborateurs soutiennent aujourd’hui l’accusation. Évidemment, Mme Houlette n’a pas émis un avis favorable pour un arbitrage truqué, et c’est cette escroquerie présumée qui est reprochée aux six coprévenus.

Invitée par le tribunal à présenter sa version des faits, M. Tapie fait ce qu’il sait faire de mieux: du Tapie. L’audience tourne en rond, mais la gouaille et le culot d’airain de l’ancien ministre évitent l’assoupissement.

L’accusation voudrait bien démontrer qu’il connaissait de longue date l’un des arbitres, également poursuivi: Pierre Estoup. Elle fait grand cas d’une dédicace signée par M. Tapie sur l’un de ses ouvrages, retrouvé chez lui: «Votre soutien a changé le cours de ma vie», écrit notamment l’auteur de Librement à «M. Estoupe», avec un «e» inapproprié.

Une dédicace en question

Las, ce bouleversant cri du cœur remonte à juin 1998, et Bernard Tapie explique qu’il a signé ce livre à la demande de l’avocat de son ami André Guelfi, alias Dédé la Sardine. Celui-ci, en effet, aurait sollicité le très respecté magistrat Estoup pour savoir s’il était raisonnable de s’associer avec un ancien ministre, certes, mais qui sortait de prison. Et M. Estoup avait estimé que cela pouvait s’envisager. Une dédicace, en tout état de cause, ne prouve rien. Oui, mais dans l’agenda de M. Estoup, en date du 30 août 2006, à 15 heures, il est noté «Tapie». Il en faut davantage pour désarçonner l’intéressé, qui affirme que cela ne prouve rien non plus, et que sur son agenda à lui, ce jour-là et à cette heure-ci, il n’est pas inscrit «Estoup», avec ou sans «e». De surcroît, le magistrat était alors à l’étranger, et pas M. Tapie.

C’est surtout le lien antérieur à l’arbitrage entre M. Estoup et Me Lantourne, avocat (coprévenu) de M. Tapie qui sera bientôt mis en lumière par le parquet. L’audience, faute de cadrage de la présidente, s’avère peu productive, n’étaient les aphorismes du prévenu vedette. Comme celui-ci: «Si je mens, mon mensonge est gratuit et ça, c’est pas mon genre.»


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