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Nous sommes allés à sa rencontre et, il a, malgré les risques qu’il courre accepté répondre à nos questions. Bonjour… qui est Serge Yemga?

Bonjour moi c’est Thomas Serges Yemga, 38 ans marié et père de 4 enfants.  Militant du Mrc et leader du Mouvement Jeunesse Engagée. Informaticien de formation, Manager d’une agence de communication numérique dans la place de Yaoundé. J’ai été arrêté le 26 janvier 2019 lors de la marche blanche organisée par la formation politique dans laquelle je milite et condamné à 1 an de prison simplement parcequ’on demandait mes camarades et moi, la fin de la guerre en zone anglophone et une enquête pour que celles des personnes ayant contribué à l’échec de l’organisation de la can2019 puissent répondre de la gestion des deniers publics.

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Nous avons vu des images de votre intimité dans certains réseaux sociaux, notamment facebook. Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?

J’ai subi lors de mon enlèvement de la prison centrale de Kondengui, des sévices corporels notamment sur mes parties génitales et je suis sorti de là avec des blessures sur mes testitucules, une cheville enflée et douloureuse encore en ce moment et, une ouïe affectée au niveau de l’oreille droite. Le médecin qui m’a consulté il y a encore peu m’a dit que j’ai eu beaucoup de chance car j’aurai pu perdre l’ouïe de ce coté.

Mais, je ne suis pas le seul. Le cas du président Mota qui en est sorti le bras cassé et la tête ouverte est illustratif du degré de barbarie que nous avons subi.

Qu’est ce qui vous a été concrètement reproché ?

Déjà nous avions été sortis ce jour en tant que militants Mrc et, les coups qui nous avaient été assénés l’ont été par ceux qui nous reprochaient notre militantisme. Au Sed, le gendarme qui nous a reçu nous a clairement dit que nous qui luttons pour les Droits de l’homme, ces derniers n’existaient pas de ce côté.

Qu’en est – il de vos camarades de misère ?

Ils sont dans les mêmes situations que moi. Vous les voyez, voila un qui est entrain de passer. Nous restons déterminés dans notre combat car nous croyons en la vérité et en la justice.

Vous parlez de quelle justice ? Vous lui faites confiance ?

Oui. Car je tiens à vous rappeler que le juge a refusé de rendre par écrit, cette décision qui nous condamnait. Ce qui nous a empêchés de jouir de notre droit de faire appel de sa décision. Je tiens à vous rappeler que le code pénal ne condamne pas les marcheurs mais, les organisateurs et il a été clairement démontré qu’aucun de nous n’etait organisateur et pire encore qu’il n’y avait pas de note publique du sous préfet, annulant la marche du 26 janvier. C’etait une note interne du préfet, qui demandait l’annulation de cette marche et rien d’autre.

Comment avez-vous vécu les émeutes du 22 Juillet dernier ?

J’avoue être jusqu’à présent perdu sur le déroulement des événements. Ce jour là, je me suis réveillé au son de la musique de nos frères d’expression anglophone et, je suis sorti de ma cellule vers 14h pour aller prendre mon bain. Vers 16h30 je me retrouve à la cour principale où les prisonniers avaient dans leur grande majorité, rejoint les manifestants. Et, c’est en me rapprochant de mes collègues militants du parti qui dansaient au son de la musique jouée que j’apprends que le président Mota a été porté en triomphe par la foule lors d’une courte allocution demandant à chacun de rester calme.

Il faut dire que les anglophones qui nous demandent de les appeler ambazoniens réclamaient la libération de leurs camarades ou alors, la clarification de leur statut en tant que prisonniers.

Les portes des différents quartiers de la prison étaient étonnamment grandes ouvertes, même après l’heure de fermeture. J’ai rejoint mon local après les premières gouttes de pluie. La suite des événements, je l’ai suivi dans mon local.

Des coups de feu, des gaz lacrymogènes lancés, des casses dans les quartiers spéciaux, des incendies allumés, tout cela se passait alors que j’étais dans mon local.

Après le traumatisme que vous avez subi, qu’elles sont les dispositions que vous comptez prendre ?

Déjà j’essaie de récupérer physiquement. Je suis présentement en procès car semblerait il, j’aurai tenté de m’évader ce jour là. Nos avocats n’ont reçu jusqu’à présent, aucun procès verbal sur les auditions qu’on nous a fait passer au Sed et le juge du Tpi d’Ekounou ne trouve aucune gêne à cela.

Il faut dire que ce qui est bizarre, c’est que sur les PVS, c’etait des accusations qui visaient plus le président Mota et un certain Awa Fontambon et subitement je me retrouve au parquet accusé de tentative d’évasion alors que j’ai été pris vers 5h du matin, dans mon quartier sortant de mon mandat.

Je sais que je n’ai pas répondu à votre question mais, il me fallait faire cette précision. Pour l’immédiat, je vais finir avec ce procès qui a déjà des relents politiques vu que déjà au Sed, on est venu répertorier les militants Mrc des autres personnes torturées. Je vais demander à mon huissier, de faire un constat de mon état et le moment venu, je veillerai à ce que la justice me soit rendue car être militant d’un parti politique n’est pas un crime selon notre constitution.

C’est vrai que marcher aussi est un droit selon la même constitution et nous voici en prison (rires).

Merci d’avoir répondu à nos questions

Merci plutôt à vous, d’avoir accordé une attention particulière à notre cas. Il est important que le monde sache.


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