Partager

Ce mercredi, nous sommes au lycée d’Elig Essono, situé dans le premier arrondissement de la capitale politique camerounaise. Les élèves inscrits en 4ème disent avoir beaucoup de peine, en se concentrer sur les cours. Sur des tables – bancs sensés prendre trois ou quatre élèves au plus, ils sont cinq ou six et ceux qui sont assis au bout sont obligés de poser sur leurs genoux, les cahiers lorsqu’ils doivent prendre des notes. Et encore « Nous avons beaucoup de chance, madame, parce qu’au moins, nous pouvons lire au tableau. Ce n’est pas le cas de certains de nos camarades qui sont moins bien assis que nous et, comme les autres élèves bavardent, les professeurs refusent de parler fort alors, ils demandent nos cahiers à la sortie des classes pour se rattraper », relate Alain F, apprenant dans cet établissement.

la RTS, la radio des majors. Notre radio partenaire, fête ses 20 ans de service public

Des faits corroborés par deux autres élèves, dont nous ne pouvons ici révéler l’identité, à cause des représailles qu’ils peuvent subir. Daniel et Darren sont leurs prénoms et, ils sont respectivement inscrits en classe de 3ème et de 1ère.

« Est ce qu’on a besoin de vous raconter, madame. Faites un tour si vous le pouvez, encore plus qu’ils refusent de voir les gens circuler aux heures de classe. Moi, je pense qu’ils le font, ils amènent de nouveaux élèves chaque jour parce qu’ils prennent l’argent que les parents proposent. Que nous soyons dans de bonnes conditions d’apprentissage, cela ne les intéresse pas… »

Et l’association des parents d’élèves

« Hum, madame, nous on ne sait rien ooooo, sauf que les membres qui sont dans cette histoire, en complicité avec l’administration de  ce lycée, ne laissent aucun choix à nos parents. On leur exige cela dès qu’ils ont franchi le portail et venez voir comment nous sommes assis  et même la qualité de ces salles de classe. J’ai hâte d’avoir mon examen et de partir d’ici… ».

Autres endroits, même constat

Au lycée de Ngoulemakong, une banlieue de Yaoundé et au lycée Bilingue d’Essos, l’on se rend compte que les inscriptions continuent et certains parents demandent les permutations. A la question de savoir s’ils sont certains que leurs enfants pourront avoir des conditions maximums d’étude, les réponses sont assez surprenantes

Mme Mvogo, maman d’une élève de 3ème : « Vous savez, je n’ai pas eu les moyens de l’envoyer en classe à la rentrée. Je sais que les cours ont commencé depuis longtemps mais, même si elle doit s’asseoir au sol, moi je n’ai pas de problème, dans l’arrière pays, les enfants suivent les cours ainsi et réussissent… ».

Avez-vous payé les frais d’Ape ?

« Oui bien sût, ils exigent cela même si je n’ai jamais été conviée à une quelconque rencontre, elle a toujours été au lycée mais, je ne veux pas qu’on la mette dehors à cause de cela… ».

Jean Pierre a une fille qui va en Terminal : « Nous venons d’aménager dans les environs, ce n’était pas prévu mais, parfois, les problèmes dans la vie nous amène à prendre de mauvaises décisions. Ce que je souhaite plus que tout, c’est que ma fille soit retenue ici. J’entends les parents se plaindre parce que leurs enfants sont mal assis mais, pour moi, ce n’est pas un problème. Ma fille saura comment faire lorsqu’elle sera dans sa salle de classe. Elle doit juste se donner les moyens de réussir à ses examens, le reste c’est juste du superflu… ».

Christophe Elanga : « l’année dernière, l’enfant a fait quelques bêtises ici et, comme punition, on lui a exigé d’acheter un table – banc. Je ne sais pas si c’était pour sa salle de classe ou pour d’autres mais, il a réussi à prendre des images et, je peux vous assurer qu’il est assis sur une seule fesse. Comment arrive t-il à suivre normalement les cours, lorsqu’il doit au même moment chercher à rester assis, ça dépasse mon entendement. Je suis allé vers les responsables, ils m’ont vertement renvoyé à mes affaires. L’enfant n’a plus que deux ans de lycée donc, il m’a dit qu’il va supporter… »

Même réalité dans les écoles primaires, publics comme privés, à quelques rares exceptions. Peut être parce qu’ils sont plus jeunes, les enfants sont « entassés » dans les salles de classe sans tenir compte des effectifs normaux, qui ne sont malheureusement suivis par personne.

Une réalité différente dans les établissements privés confessionnels

Au collège Jean Tabi par exemple, les responsables disent prendre des mesures afin que chaque enfant soit assis assez confortablement. Ils sont trois et au plus autre par table banc. Une ancienne élève Christiane Batchom revient sur ses souvenirs : « J’ai passé trois ans au collège Jean Tabi. Nous étions quatre par banc et il n’y’avait pas plus de 68 voire 70 enfants par classe. Et encore, il fallait prouver qu’on mérite d’y être. Cela donnait la possibilité à tous les élèves d’écouter attentivement les cours. Et vous savez, même les enseignants étaient astreints à atteindre les objectifs fixés par les responsables. Il n’y’avait pas moyen de dire qu’un enfant a de mauvais résultat parce qu’il est mal assis ou parce que l’enseignant n’a pas pu expliquer les cours ! Non non, ce n’était pas possible et, au vu du rang qu’ils occupent chaque année, les mêmes exigences sont appliquées… ».

Silence complice dans les ministères ?

Il n’est pas évident de penser le contraire. Toutes les sollicitations faites ont été soldées par des échecs. A chaque moment, il nous a été dit qu’avant d’obtenir les réponses, il fallait obtenir l’autorisation de la hiérarchie. Néanmoins, grâce à  quelques indiscrétions nous avons pu découvrir que la loi exige que dans chaque classe il faut un maximum de 70 élèves.

Or, ce n’est certainement pas demain la veille, qu’on parviendra à ces normes. Les quelques exemples sus cités ne sont que des clichés de ce qui se vit sur l’ensemble du triangle national.


Partager

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here