Partager

Les premiers à avoir donné le ton et à avoir alimenté cette polémique sont des patrons de presse. En effet, en début de semaine, le Directeur de publication du journal “L’œil du sahel” a fait paraître, à la une, le titre: “Un statut spécial pour l’Extrême-Nord et la grâce pour Marafa et Iya”. D’autres promoteurs des journaux, tels “L’Anecdote”, “La Météo”, “Info matin”, etc sont aussi entrés en scène et réclament la libération des prisonniers du Centre, du Sud et de l’Est.

la RTS, la radio des majors. Notre radio partenaire, fête ses 20 ans de service public

Les mesures prises, ces derniers jours, par le Chef de l’État pour conforter l’assise de l’esprit de réconciliation et de paix sur le triangle national et,singulièrement, dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest déchaîne des passions et des émotions dans l’espace public. La libération du Président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun(Mrc), de ses alliés politiques et de ses militants suscite un effet de revendication des autres communautés qui appellent à l’amnistie générale des criminels économiques. Depuis le début de la semaine, certains médias , accréditant le jeu des lobbies pouvoiristes domiciliés dans d’autres régions, demandent la libération, sans condition, des prévaricateurs de la fortune publique, qui sont condamnés à des peines d’emprisonnement ferme pour avoir commis des crimes économiques. Sous le prétexte de la désescalade des tensions dans la vie politique nationale et de la pacification dans les zones anglophones, des militants ulcérés du parti au pouvoir interprètent l’acte présidentiel comme une sorte de “trahison”. Pour les partisans invétérés et patentés de cette thèse, libérer les prisonniers ayant causé des actes d’assassinat et des formes d’atrocités meurtrières dans le contexte de la crise anglophone est une attitude offusquante. Aussi soutiennent-ils que libérer des séparatistes ayant des mains couvertes de sang participe d’un acte grave, qui frustre des ressortissants des autres communautés. Ces dernières sont, très tôt, montées au créneau, manifestent un repli identitaire, attisent une fibre sectariste et exigent la libération des leurs.

 Dans le labyrinthe des réflexions d’un tel acabit, des journaux locaux, dont la posture éditoriale est ethno-centrée sont instrumentalisés à des fins de soutien à cette cause des prébendiers des deniers publics. Or, depuis plus d’une décennie, l’opération Épervier, destinée à assainir les mœurs et les finances publiques et étrennée par le Président de la République, a pour enjeu de combattre la corruption, la concussion, la prévarication et la dilapidation des biens publics. C’est à cause du terrorisme économique commis par ces pontes de la République qu’ils avaient été épinglés et écroués dans les geôles des divers milieux carcéraux des métropoles politique et économique camerounaises. S’inscrire donc dans le sillage de la défense du vol et du pillage de la fortune publique relève d’un acte malséant, inconvenant et non-conforme avec les habitudes républicaines afférentes à la préservation de l’intérêt général. La souscription à une idéologie de la politisation des revendications à caractère communautariste risque, à long terme, de susciter un effet d’entraînement mimétique des autres collectivités locales, lesquelles appelleront, à coups de motions de soutien et de déclarations, à la libération des leurs. Ce sont, d’ailleurs, ces transes collectives qui animent, voire qui ébranlent, ces derniers jours, les défenseurs du parti au pouvoir et leurs parutions locales, champs, par excellence, d’exposition de leurs jérémiades et de leurs cris de détresse.

Au bout du compte, le statut spécial attribué aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est une résolution phare de la commission “Décentralisation et développement local” du Gdn, qui va, à coup sûr et c’est déjà le cas, attiser d’autres attitudes revanchardes et d’autres revendications régionalistes. Si chaque communauté culturelle exige, par effet d’imitation collective,  un statut spécial à l’image de l’Extrême-Nord, l’on va, sans doute, déboucher sur la fragmentation de l’État. Une espèce d’État flagellé par des lobbies sectaristes et clientélistes, qui imposeront leur éthos et leur habitus identitaires non-conformes avec la logique du retour à la République unie choisie et défendue lors des assises du grand dialogue national.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en chef panorama papers. Sociologue du développement.

Avec un État parcellisé par des doléances irrédentistes nourries par des regroupements ethno-régionaux , l’idée de la République unie et décentralisée, scandée tel un hymne lors de ces assises, est tuée dans l’œuf de la construction idéologique d’un pseudo communautarisme identitaire. Mais pour quels desseins au demeurant? Pour des desseins naturellement individualiste, égocentrique, régionaliste et ethniciste.


Partager

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here