Quelques artistes camerounais
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Nguea La route, Marthe Zambo, Aloa Javis, Chouchou Bienvenu, sont, entre autres, des artistes aujourd’hui meurtris et qui sont à la quête des fonds nécessaires, voire indispensables au traitement de leur cas de maladie. Par le passé, certains de leurs congénères sont passés de vie à trépas alors qu’ils croupissaient dans une paupérisation et dans une relégation chancelantes. La propension, pour des artistes-musiciens locaux,à solliciter, chaque fois, une contribution ou, du moins, une aide pécuniaire des tiers et des mécènes sociaux remet au goût du jour le problème de la non-accréditation et de la non-légitimation du statut social des théoriciens et praticiens de l’art musical au Cameroun.
Depuis l’avènement du droit d’auteur au Cameroun, de la Sacem à la Socam, en passant par la Socadra, la Socinada et la Cmc, le débat sur le statut social de l’artiste a toujours été mis au goût du jour et refait surface avec l’actualité de la condition précaire des chanteurs camerounais astreints à la demande de l’aumône. Comment ont toujours vécu les auteurs-compositeurs camerounais? Cette question, qui taraude l’esprit des uns et des autres, ne semble pas être posée de manière sérieuse et rigoureuse alors qu’elle est au cœur des joutes autour de la définition et de la légitimation du statut social des artistes-musiciens locaux. Loin de s’enliser dans un certain catastrophisme et dans un certain fatalisme, il s’agit de s’interroger sur la survie de l’art et sur celle des théoriciens et des praticiens de l’art musical dans le Cameroun contemporain en proie à la flagellation et à la fragilisation des organismes de gestion collective de droit d’auteur et des droits voisins du droit d’auteur.
Pour une minorité d’artistes qui réussissent à se tirer d’affaire et à vivre de commandes et de droits d’auteur, combien d’autres, la plupart dans tous les cas, vivent d’expédients et meurent même faute de les trouver? Certes, certains musiciens sortent du lot, mais la multitude doit vivre souvent d’une activité parallèle n’ayant rien à voir avec leur art. Pourtant, les artistes locaux, qu’ils soient chanteurs, musiciens, instrumentistes, acteurs de cinéma et de théâtre, danseurs, metteurs en scène, stylistes, plasticiens, contribuent, par leur besogne, à l’enrichissement culturel du Cameroun. Malencontreusement, ils exercent en dehors des contrats de travail les mettant sous l’autorité hiérarchique d’un employeur et en dehors des régimes légaux de sécurité sociale. Dans leur ignorance, d’aucuns se demandent en quoi on doit reconnaître à l’artiste la qualité de travailleur avec l’usage des termes comme employé, employeur, salaire, contrat de travail et sécurité sociale. Il convient, en effet, de rappeler que tous les artistes, sans exception, sont des travailleurs et, en tant que tels, sont concernés par un statut social.
Parmi les exemples, figurent les musiciens qui enseignent, se produisent en concert, composent et enregistrent leurs compositions musicales avec un groupe. Cette catégorie d’artistes juxtapose ainsi les statuts de fonctionnaire pour l’enseignement, de salarié pour les concerts et les enregistrements, d’indépendant pour ses compositions musicales et d’employeur pour ses musiciens. Il en est de même de l’activité de mise en scène théâtrale. En impliquant la créativité de la mise en scène et le travail de mise au point avec les comédiens, elle engendre des honoraires pour la conception, des droits d’auteur pour les représentations et un salaire pour le travail technique de mise en place. Un metteur en scène peut ainsi être considéré soit comme un salarié, soit comme un indépendant. Aussi y a-t-il l’activité de cinéaste. En impliquant l’écriture de l’histoire et la réalisation du film, cette activité produit des honoraires pour la conception, des droits d’auteur pour l’exploitation du scénario, un salaire et- des défraiements pour les prestations techniques lors du tournage, des prix et des subsides ou encore des avances sur recette pour le montage financier. Toutes choses qui entraînent, en pratique, une situation polyvalente de salarié et d’indépendant.
Ces clarifications faites, il importe de relever que plusieurs organisations internationales du système des Nations unies, dont le Cameroun en est, d’ailleurs, membre, reconnaissent les artistes comme étant des travailleurs. Il y a, entre autres, l’Unesco (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture) qui, à travers la recommandation signée le 27 octobre 1980 à Belgrade en Serbie par tous les Etats membres, prescrit, dans leur acceptation la plus complète et la plus large, que les arts font et doivent faire partie intégrante de la vie et qu’il est nécessaire que les gouvernements contribuent à instituer et à maintenir non seulement un climat propice à la liberté d’expression artistique, mais aussi les conditions matérielles facilitant l’expression de ce talent de créateur.
L’Oit (Organisation internationale du travail), à travers la Convention numéro 102 de 1952, fixe les normes minimales de sécurité sociale et arrête la liste des prestations indispensables que chaque Etat signataire s’oblige à faire servir à la population. La Déclaration universelle des droits de l’Homme, en son article 25, n’est pas en reste. Elle proclame, en effet, que “toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale”. En d’autres termes, il s’agit du droit aux soins médicaux et aux services sociaux essentiels à la sécurité sociale en cas de maladie, de maternité, d’invalidité, de décès, de vieillesse et de chômage, à une aide et à une assistance spéciale pendant la maternité et l’enfance.

En dépit de l’adoption de ce texte et de l’existence de la loi du 14 août 1992 portant sur le Code du travail au Cameroun, la prise en charge des artistes, dans le cadre des régimes de sécurité sociale, pose toujours problème, les règles qui régissent lesdits régimes s’accommodant mal avec les caractéristiques de l’activité artistique au Cameroun.  La conséquence est que l’on assiste à l’aggravation de la paupérisation des artistes, lesquels rejettent, à tort, la responsabilité de l’élaboration de leur statut social au ministère des Arts et de la Culture (Minac) et aux organismes de gestion collective de droit  d’auteur et des droits voisins du droit d’auteur. Il est donc temps que chacun(e) prenne ses responsabilités, que les artistes sachent ce qu’ils veulent et sachent s’investir pour l’obtenir. Et plutôt que de se laisser happer par la tentation de la mendicité sociale et par la hantise du suicide collectif,

Serge Aimé Bikoï, Rédacteur en Chef Panorama papers, Sociologue du développement.
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il est impératif de faire de réelles propositions y compris inventorier de nouvelles formes organisationnelles, institutionnelles susceptibles de relever les enjeux de la création, de la production et de la diffusion artistiques d’aujourd’hui et de demain. Dans les mécanismes de confrontation et de concertation, il leur incombe d’instaurer de nouvelles stratégies de contestation sociales plus efficaces et plus efficientes que de s’agglutiner autour de l’auto-destruction et de l’autoflagellation, qui les enlisent dans le creux de la vague et qui, par corollaire, dénaturent leur image. Artistes-musiciens camerounais, faites votre introspection pour la re-fondation de votre statut social!


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