Partager

Celui qui était appelé, affectueusement, “coach” dans le quotidien “Le Messager”, dont il a été Directeur de publication durant quelques années après le décès tragique de Pius Njawe, est mort à l’âge de 81 ans. Retour sur la vie, la mort et la trajectoire d’un baobab de la presse camerounaise.
Circonstance de la mort de l’homme
C’est dans son domicile à Pk 11 à Douala que Jean-Baptiste Sipa a brisé sa langue. Ce jour à 13h, l’ambiance est sereine lorsque quelques confrères arrivent dans son enseigne domestique. Il n’y a presque personne sur ces entrefaites, l’annonce de la mort du fils natif de Bayangam venant d’être faite par ses proches. J.B. Sipa vivait avec son petit-fils Herman. D’après cet adolescent, “J.B. Sipa se portait bien. Il est même sorti, dit-il, avec un emballage plastique acheter quelque chose à la boutique. Il est revenu bien portant et s’est assis dans le fauteuil derrière son plat posé sur la table. Quelques instants après, un câbleur du quartier passait par là et est venu le saluer, mais il l’a trouvé couché et inerte. L’on appelé sa fille. Quand elle est arrivée, raconte toujours Herman, nous l’avons emmené à l’hôpital, où le médecin a constaté son décès”.
Vie d’un précurseur de la presse privée
Certes, J.B. Sipa était souffrant et affaibli ces derniers temps, mais il est resté téméraire jusqu’à sa mort. Il avait fait un Avc (Accident vasculaire cérébral) en 2008; il avait gardé quelques séquelles, mais il était revenu un peu ragaillardi et avait, d’ailleurs, renoué avec ses productions intellectuelles bien que le rythme eut baissé en intensité. Depuis lors, l’octogénaire n’avait pas développé une maladie singulière. Au contraire, avec son Ong “Article 55”, Sipa travaillait avec d’autres membres de la société civile. En dépit de ses efforts inlassables, J.B. Sipa avait, il y a deux ans, confié à Philippe Nanga, Coordonnateur de l’Ong “Un monde Avenir”, qu’il ne faut pas qu’il soit surpris d’apprendre, un matin, qu’il est décédé. C’est, justement, cette fin de matinée que l’entrepreneur social est au courant de la triste nouvelle de la mort de son congénère combattant de la société civile.

L’un des précurseurs de la presse privée camerounaise avait offert ses services dans différents journaux locaux. De “l’effort camerounais” au quotidien “Le Messager”, en passant par “La Gazette”, “L’essor des jeunes”, etc, J.B. Sipa a été, tour à tour, reporter, chroniqueur, coordonnateur et Directeur de la publication du journal de feu Pius Njawé. Neuf ans après la mort de Njawé, c’est Sipa qui avait pris les commandes du journal. Sipa était le père de “Muyenga et Takala sur le trottoir” dans “le Messager”. Rubrique dans laquelle il avait affirmé que “la plus grande erreur de feu Ahmadou Ahidjo était d’avoir transmis le pouvoir à quelqu’un qui n’avait aucune tradition de grenier”.
Celui qui s’est mué en une légende de la presse camerounaise n’avait pas fait l’école de journalisme tant il avait été formé sur le tas et avait la vocation du métier. Du haut de plus de quatre décennies de pratique du journalisme, J.B. Sipa n’avait jamais été emprisonné. Et pour cause: le scribe maîtrisait l’essence, le sens et la valence des mots. Le sage conseillait à ses cadets de “Le Messager” qu’en matière de rédaction, il est idoine de savoir trouver les mots adéquats, simples et à la fois lourds de sens. Au cours d’un séminaire de renforcement des capacités des médias en mai 2017, cet esthète des belles lettres faisait savoir à ses jeunes confrères cet enseignement: “Quand on est bon journaliste, on est un instrument de la société. Quand vous dites la vérité dans la politesse et le respect, l’on a de la difficulté à se saisir de vous. Les Camerounais sont très patients avec nous parce que ce que je lis, vois et écoute tous les jours entraînerait, chaque jour, l’emprisonnement d’un journaliste dans ce pays, où l’on ne veut pas dépénaliser les délits de presse. Quand vous avez la jouissance de la parole publique, vous n’avez pas le droit de dire n’importe quoi!”.
J.B. Sipa s’en va donc dans les prairies célestes des hautes terres rejoindre  Miaffeu Kwenkam III né Pius Njawe Noumeni (Njapinus) et Daniel Rim né Célestin Lingo, qui, lui aussi, avait contribué à rédiger les belles pages du journal “Le Messager”.
la RTS, la radio des majors. Notre radio partenaire, fête ses 20 ans de service public


Partager

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here