Lecture de la mise en garde du Snjc, par Denis Nkwebo
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En cas de refus, informe cette corporation syndicale à travers un communiqué de Denis Nkwebo rendu public, les patrons de presse concernés doivent s’attendre à une grève dans leurs entreprises dans les prochains jours. Sans conteste, la presse écrite et les mass médias en général traversent, depuis des décennies, une crise profonde sans précédent, dont les déterminants sont, à la fois, structurel et conjoncturel. Des récriminations ont été exposées depuis longtemps sur la table de deux départements ministériels. Mais la situation des travailleurs de la presse restent et demeure statique, inerte et immuable.

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Cela fait exactement quatre ans que le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) discute avec des patrons de presse et quelques membres du gouvernement dans le dessein d’améliorer les conditions de vie et travail des employés des entreprises médiatiques. En effet, c’est en 2015 que cette entité syndicale a eu des séances de travail avec les responsables de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) pour faire le point des cotisations sociales des travailleurs de la presse, mais jusqu’ici, les décisions, résolutions et recommandations prises sont restées lettres mortes. Bien d’études ont, d’ailleurs, été menées sur les conditions de travail des journalistes, les arriérés de salaire, ainsi que sur les cotisations sociales. Un mémorandum et des résultats d’enquête sur ces conditions de travail exécrables ont, de surcroît, été présentés aux ministres de la Communication de l’époque (Issa Tchiroma Bakary) et du Travail et de la Sécurité sociale (Gregoire Owona).

A deux reprises, le Bureau exécutif national du Snjc a fait le déplacement de la capitale politique métropolitaine auprès de ses institutions pour décrier l’attitude des patrons de presse et dénoncer, par la même occasion, les maux qui minent la profession. Les deux membres du gouvernement ont demandé du temps, nous informe le Snjc. Mais un an après, les représentants de ce syndicat les ont, à nouveau, relancés. Rien, au demeurant, n’a bougé. Alors, le Bureau exécutif national du Snjc a entamé l’opération Survie 1 et 2. Histoire de discuter avec les employeurs de presse et d’obtenir de meilleures conditions de travail pour les journalistes. Cette fois-là encore, rien de satisfaisant et de positif n’a été tiré de cette bataille désormais permanente enclenchée depuis des lustres. Juste des promesses fallacieuses!

La Cnps a même promis de sévir ces derniers mois au regard du fait que 90% des travailleurs de la presse d’hier à aujourd’hui ne bénéficient d’aucune sécurité sociale. Jusque-là encore, rien n’a été  fait jusqu’à ce jour. Le fait de l’échec des tentatives de négociation et de médiation du Snjc avec le patronat et la Cnps témoigne, à vrai dire, de ce que le système gouvernant en place ne veut pas avoir, en face, une presse forte, un lobby puissant, efficace et efficient, bref un contre-pouvoir susceptible de contrecarrer, de heurter et de contre-balancer le pouvoir de Yaoundé à un moment déterminé de l’histoire. En réalité, le régime en place travaille, plutôt, à l’avilissement des employés de presse au gré de l’instrumentalisation des patrons à qui certains membres du gouvernement distribuent des espèces sonnantes et trébuchantes pour tirer à boulets rouges sur leurs rivaux politiques. Il n’y a qu’à voir les titres des Unes de certains journaux pour photographier, sociographier et pschynalyser les nombreuses guéguerres, les jeux de prises de positions, les luttes de positionnement et les guerres intestines entre les pontes de la république diamétralement opposés.

En réalité, derrière un journal, derrière un patron de média, derrière un groupe de presse, se cachent des lobbies de pouvoir qui luttent, en permanence, pour détenir le contrôle des informations devant être publiées, pour avoir la main-mise sur des journalistes qu’ils manipulent de manière corvéable, pour saper certains de leurs concurrents politiques dans la marre à crabes. Ce sont donc des barons du système gouvernant qui, disposant des ressources pécuniaires colossales, créent, sous cape, des journaux, dont certains Directeurs de publication ne sont que ce que Paul Lazarsfeld, Sociologue américain de la communication, appelle les “gate keepers”, c’est-à-dire des relais d’opinion qui sont les faces visibles de l’iceberg. Alors que le requin manipulateur est en arrière-plan et offre des prébendes pour sacquer telle personnalité ou telle autre personnalité. Nous vous faisons grâce de citer, in extenso, les noms des thuriféraires qui instrumentalisent certains patrons pour commettre et perpétuer cette basse besogne tant il ne s’agit guère de se livrer à une espèce de chasse aux sorcières en pleine journée. Mais, ceux qui sont des vrais observateurs de la scène publique les connaissent. Certains membres du gouvernement sont même champions dans l’orchestration de ces jeux de guerre  des lobbies de pouvoir qui s’entrechoquent, s’entrecroisent et s’enchevêtrent au quotidien. Dans cette lutte d’éléphants, dans cette bataille de carnassiers, les mauvais perdants sont des journalistes qui, enlisés dans un misérabilisme ambiant et outrecuidant, sont, en permanence, happés et manipulés comme des bêtes de somme pour théâtraliser des sales rôles contre des billets de banque qui les ne aident même pas à éponger les charges familiales quotidiennes. Pour après jacasser, pleurer, se morfondre et languir. Beaucoup sont, hélas, responsables de leurs propres turpitudes et de leurs vicissitudes. Accusés, levez-vous!

Autant le gouvernement est responsable de la captation, de la caporalisation et de la vulnérabilisation des employeurs et des employés de presse, autant les patrons de presse, eux-mêmes, ne sont pas, du tout, blancs comme neige. Si l’on évalue, depuis des années, le processus d’embourgeoisement des chefs d’entreprises de presse, dont les figures sont visibles dans l’arène sociale, force est de constater que ces capitalistes de la première heure s’engraissent et s’enrichissent davantage aux dépens des journalistes qui s’appauvrissent et croupissent dans une relégation ambiante et chancelante. Eu égard à ces conditions de travail et de vie engluées dans une paupérisation outrancière, l’on s’enlise, sans coup férir, dans la division du travail d’essence capitaliste au sens marxiste, où les bourgeois-employeurs compradore construisent des villas cossues, roulent carrosse, s’offrent des liqueurs de bon aloi dans des ilots de plaisir et de loisir et se livrent à la folie dépensière dans leurs virées nocturnes en compagnie des prostituées de luxe.

Entre-temps, les journalistes, ouvriers des temps modernes, se tuent à la tâche au quotidien, accumulent des arriérés de salaire de plusieurs mois, deviennent des laquais meurtris, déshumanisés et affligés, qui trinquent et qui craignent d’ourdir une levée de boucliers au risque d’être en butte à des représailles des employeurs enclins à les éjecter du circuit socioprofessionnel avec rancœur et sans dédommagement. Vu ce contexte précaire, des travailleurs de la presse pourront-ils, dans les prochains jours, comme le font savoir les membres du Snjc,aiguiser leurs dents afin de “bouffer” les patrons à l’image de la viande dans la sauce? Des journalistes affamés, dans le contexte de la division du travail contemporain, sont-ils capables d’infléchir, de renverser et de vaincre, par corollaire, le rapport de force qui les oppose à leurs chefs d’entreprises? Est-on en droit d’espérer un mouvement collégial de masse dans l’ensemble des quatre quotidiens à capitaux privés de manière à renverser la pente de l’anéantissement des employés de presse?

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en Chef Panorama papers. Sociologue du développement.

Sans préjuger de ce qui pourrait advenir, aucune certitude n’est envisageable à l’état actuel de la réalité structurelle et conjoncturelle peu enviable des employés de presse au Cameroun.

Il ne serait pas du tout erroné de mentionner que les médias qui battent de l’aile aujourd’hui sont principalement ceux qui ont encore ce semblant de liberté de ton. Ceux qui fustigent de manière acerbe les turpitudes du gouvernement agonisant de Yaoundé, dans son dernier souffle de vie.
Il faut enfin remarquer que cette presse se meurt pendant que celle proche du pouvoir que nous ne pouvons citer ici, explose et connait un succès vertigineux.


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