L'immeuble habritant le siège de la cnps, Yaoundé
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 Tantôt elle stimule l’envie de la vivre, tantôt elle favorise le rejet de ceux qui la subiront. Aux yeux des futurs retraités, voire de tout agent public, la retraite apparaît dans toute sa complexité et draine, à la fois, une vision naufragée.
La retraite n’est pas un fleuve tranquille. Elle se décline comme une transition majeure vécue comme une crise et comme une machine à exclure avec son rituel d’exclusion. L’exclusion s’opère par un vocabulaire donné. L’agent public est radié et rayé des effectifs. Il est frappé par la limite d’âge. Ses droits sont liquidés s’il n’est pas liquidé lui-même. L’exclusion est aussi adossée à l’âge. Coupable de son âge légal au détriment de l’âge idéal, l’agent public est, désormais, dans le brouillage des âges au demeurant à plusieurs vitesses, disqualifié pour séjourner dans la fonction publique. L’exclusion est aussi administrative. Elle s’apparente à une “mort professionnelle”, voire à une “guillotine institutionnelle” de l’agent public désinvesti de ses prérogatives. La retraite marque, en effet, la fin de la carrière, moment de rupture d’identité professionnelle et d’exclusion de la division du travail, lieu de socialisation dominant et élément principal de valorisation de l’individu dans l’organisation sociale.
Contraints au processus universel et naturel d’affaiblissement graduel de leurs potentialités, les agents publics retraitables ne s’adaptent plus au système qui décide de se séparer d’eux et de happer de nouvelles énergies. La fonction publique, en tant que système d’emploi, a conçu des mécanismes pour rendre effective cette radiation. L’exclusion est aussi expérimentée par les retraités dans leurs efforts pour obtenir leur pension. Ils sont soumis aux turpitudes et aux vicissitudes des administrations impliquées dans le processus, dont la permanence des rigidités structurelles et procédurales les maintient dans une mentalité d’exclusion.
L’exclusion administrative s’accompagne de l’exclusion alimentaire par la modicité du revenu de remplacement qu’est la pension et la disparition des avantages divers influençant le pouvoir d’achat et, par corollaire, la sécurité économique. Ils perdent ainsi leurs postes de responsabilités diverses, les opportunités diverses, voitures, téléphone, plantons et domestiques. Au demeurant, l’article 2, qui accompagne, traditionnellement, les actes de nomination, est mis sous le boisseau au point de ne plus avoir droit à la célèbre phrase ritualisée ; “L’intéressé(e) aura droit aux avantages de toutes natures prévus par la réglementation en vigueur”. Il en résulte l’exclusion sociale par la perte de son statut et des rôles sociaux attenant entraînant une disqualification sociale et la déchéance du prestige social se matérialisant par des formes diverses d’ostracisme.

L’exclusion est, enfin, intergénérationnelle dans un contexte où le jeunisme ambiant est sublimé au détriment du modèle  gérontocratique d’une République érodée, où les acteurs subissent un “racisme anti-vieux”.

Serge Aimé Bikoi. Journaliste sociologue. Rédacteur en chef à Panorama papers. Journaliste du développement.
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Cette bureaucratie à exclure entraîne une “retraite-retrait” et conduit bien de retraités à “une mort sociale”, anti-chambre de la nécro-retraite. Les retraités manifestent donc une résilience vis-à-vis de cette échéance. Ils n’admettent pas que la retraite est l’avenir de tous. Un fait social programmé, qui constitue le passage implacable parce que inéluctable, universel et naturel, qui doit se muer en un moyen de réaliser de nouveaux projets de vie et être accompagné comme une évidence et non comme un accident de l’histoire.


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