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Honneur, honorabilité, honnêteté, dignité, affectivité, socialité, sociabilité, solidarité, respect de soi et d’autrui, tempérance, indulgence, amour de la patrie sont, entre autres, des valeurs cardinales, lesquelles ont contribué à forger leurs manières d’agir, de penser, de sentir et de faire durant l’existence sociale. La singularité de ces personnes est qu’elles constituent l’exemple de Camerounais que le système gouvernant en place a contraint à l’impécuniosité, au dénuement et au misérabilisme ambiant. Décider de ne pas se vautrer dans les marécages de la corruption, de la perversion et de l’humiliation représente, en terme d’idéal type, leur credo. L’enjeu étant de rester, en permanence, dignes et loyaux jusqu’à l’éternité. En général, ils ne sont pas nombreux, ces individus qui n’ont jamais voulu coopérer avec le pouvoir de Yaoundé par souci d’opter pour le carriérisme et pour le pouvoirisme. Il sont restés iconoclastes, intransigeants et passionnés pour le mieux-être non pas des individus, mais plutôt pour celui de la société tout entière. C’est grâce à leurs critiques perpétuelles que bien de personnes ont bénéficié de leurs savoirs, de leur savoir-faire et de leur savoir-être.
Jean Baptiste Sipa faisait partie de cette catégorie de personnes ayant œuvré pour l’enracinement de cet idéal tant il est resté digne, simple, voire simpliste au-delà des influences interne et externe de l’environnement social auquel il a appartenu de son vivant. Savoir souffrir au prix d’énormes sacrifices, avoir le sens de la rectitude morale, faire preuve de rigueur, de rigidité et de témérité dans l’accomplissement de ses tâches quotidiennes sont, entre autres, des déterminants ayant régulé les ways of life de l’homme qui a capitalisé plus de quatre décennies de pratique du journalisme au Cameroun. Oui Sipa, le fondateur de la rubrique “Takala et Muyenga sur le trottoir” a vécu et a laissé graver, dans la mémoire collective, un enseignement didactique et éthique tiré du séminaire de renforcement des capacités des médias en mai 2017: “Quand on est bon journaliste, on est un instrument de la société. Quand vous dites la vérité dans la politesse et le respect, l’on a de la difficulté à se saisir de vous. Les Camerounais sont très patients avec nous parce que ce que je lis, vois et écoute tous les jours entraînerait, chaque jour, l’emprisonnement d’un journaliste dans ce pays, où l’on ne veut pas dépénaliser les délits de presse. Quand vous avez la jouissance de la parole publique, vous n’avez pas le droit de dire n’importe quoi”.
Ils sont donc rares à avoir accepté de vivre dans la simplicité, la pauvreté et la dignité en dépit des contingences et exigences que leur a soumis l’ordre politique dominant et ambiant durant des décennies d’existence. Même dans le champ scientifique, bien d’universitaires et d’intellectuels ont vécu ce type de malaise social, signe de la décrépitude de leurs conditions de vie. Fabien Eboussi Boulaga, Philosophe, est un exemple type qui est mort dans un état de délabrement au point où la maladie l’avait affaibli, amoindri et eu raison de lui. Bien de figures du système en place ont tenté, en vain, de happer l’intellectuel critique afin de servir les intérêts du pouvoir de Yaoundé. L’homme de la crise du Muntu est resté égal à lui-même malgré les vicissitudes de la quotidienneté ambiante. Oui Eboussi Boulaga avait fait montre de témérité et de dignité face à l’adversité des politiques prêts à phagocyter, à manipuler et à instrumentaliser contre l’escompte d’un positionnement dans les strates bureaucratiques. Récuser et réfuter le paradigme du “Mange et tais-toi!” était sa maxime! Il était hors de question de succomber aux contraintes d’un mercantilisme consécutif à la captation des prébendes des dignitaires du régime sous prétexte qu’il faille baisser la garde et tenir un discours non plus austère, mais plutôt un discours plaisant à l’ordre politique dominant.
 D’aucuns, qui plus est leurs cadets académiques ont accepté de devenir des intellectuels organiques du système gouvernant en place et défendent, aujourd’hui, son idéologie au mépris des critiques, des flèches lacérées et des aspérités qu’ils subissent au quotidien venant du bas-peuple outré et offusqué par le phénomène de la rétractation ou du retournement de veste. Ceux qui étaient des critiques véhéments dudit système, mais qui, après avoir souscrit au desiderata d’un carriérisme dans les sphères universitaires, ont, hélas, perdu le sens de la critique, la posture de la contestation et la mouvance de la révélation de la vérité sur les faits sociaux qui jonchent le social. Faut-il se complaire dans le jeu du régime de Yaoundé parce que l’on vise à atteindre les cercles de l’ascension sociale en raison de l’appropriation des intérêts bassement matérialistes ou doit-on accepter d’éviter toute souillure au gré de la défense inconditionnelle et désintéressée des vertus de la patrie? Oui Fabien Eboussi Boulaga et Jean Baptiste Sipa, qui appartenaient, tous les deux, à la même génération, bien que pratiquant des métiers différents, ont accepté de ne pas se complaire dans le jeu du système gouvernant enclin à l’avilissement du statut de l’homme contraint à se soumettre à toutes formes de minoration, de disqualification et de sous-évaluation sociales au prix du pécule. Ils sont très peu nombreux à accepter ce type de vie dans la société camerounaise contemporaine, où les singularités du paraître sont mises en vitrine par les férus et mordus des signes extérieurs de la richesse et de l’opulence au dépens de l’originalité de l’être, fondateur de la manière d’être et de l’ethos comportemental d’un Homme respectueux des valeurs fondamentales qui régentent la vie sociale et les relations sociales. Thomas Eyoum à Ntoh, Célestin Lingo, Pius Njawe Noumeni et, aujourd’hui, Jean Baptiste Sipa ont quitté l’arène de combat. Mongo Beti, Fabien Kangue Ewane, Jean Mfoulou, Abel Eyinga, Wang Sone, Antoine Manga Bihina, Fabien Eboussi Boulaga, Jean-Marc Ela, etc ont rejoint les prairies célestes de l’au-delà et ont légué l’oeuvre à la postérité. Quiconque sera-t-il prêt à vivre ce lot de contingences morbides sans prêter le flanc à l’accréditation des largesses et des faveurs de l’ordre politique dominant? La jeune génération est-elle prête à subir et à transcender les contraintes de la vie mondaine empreinte de précarité existentielle?
A méditer!!!


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