La dote dans toute sa splendeur. Des porcs prêts à être mutés contre la nouvelle épouse.
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C’est aux environs de 15h, que nous avons pris la route pour Otélé, petit village située dans la région du Centre, département de la Mefou et Akono, à près de 60 km de la cité capitale politique camerounaise. Dans le cortège de six véhicules qui accompagnent les amis et parents des futurs mariés, il y’’en a une qui porte la quasi-totalité de ce qui a été demandé dans la liste remise à Romuald A.

Il n’est pas question d’arriver très tôt, puisque la cérémonie est sensée commencer dans la soirée. Alors, on flâne, prenant le temps d’un arrêt, d’admirer l’un des  beaux paysages dont regorge le Cameroun, déguster un met et pour ceux qui sont adeptes du « Tchapalo », il n’est pas question de s’en priver, même s’il faut consommer avec modération, question de ne pas arriver ivres dans la belle famille.  Et, c’est finalement à 18h30 que les voitures garent sur la cour, peut être emménagée pour l’occasion, sous les youyous et autres cris de joie poussés par nos hôtes. Un rafraichissement est servi aux étrangers avec des « amuses gueules » et, l’on échange les dernières nouvelles. Tout se passe dans une ambiance bonne enfant, jusqu’à 21heures, lorsqu’arrive les patriarches et autres membres paternels de la famille qui nous reçoit. Il faut relever que depuis notre arrivée, nous n’avons pu voir Adèle Berthe et, nous comprenons que c’est la coutume.

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La cérémonie

C’est l’oncle de la fiancée, l’un des plus âgés de la famille qui prend la parole et demande aux visiteurs ce qu’ils sont venus faire. Les pourparlers commencent avec « examen à la loupe » de tout ce qui a été apporté : Régimes de plantains, sacs d’ignames, sacs de riz, sacs de sels, quatre porcs long châssis, des cartons de poissons, des sacs de makandjo, des cartons de savon, deux chèvres et trois moutons, deux longs filets d’oignon rouge, des casiers de bière, des cartons de whisky, des marmites pour les mamans, trois ventilateurs, un grand  téléviseur écran plasma, un plateau de canal SAT en plus de l’abonnement, un autre abonnement de créolink,  deux ventilateurs, deux lecteurs dvd, une moto de marque Suzuki…

A côté du papa qui lisait ce qu’il n’y avait dans la liste,

L’arrivée de la belle famille sur les lieux de la cérémonie.

deux jeunes frères de la fiancée apportaient cela devant l’assistance, sous le regard critique des femmes et des cris de stupeur.

Un jeu, pensions – nous jusqu’au moment où, la mine sombre, certains ont décidé de partir de là, en estimant que Romuald est venu les insulter, en apportant des choses sans valeur. Longues discussions, moment de persuasion intense, le grand jeu afin de convaincre de la bonne foi.

Finalement, dans les coups de minuit, alors qu’une fine pluie tombait, les parents de la fiancée ont consenti à demander les frais de transport, pour aller prendre leur fille qui bien évidement, n’était pas sur place. Nouveau moment de tension, parce que chaque fois, c’est l’une de ses sœurs ou cousines qu’on faisait venir. Et, le prix du billet d’avion était un peu plus élevé après chaque renvoie. Tout pour mettre à rude épreuve la patience de Romuald et ses amis sur qui tombe la pluie.

Il faut donner 145 mille pour qu’on consente enfin à emmener la fiancée, qui apparaît avec un visage sur lequel le sourire est forcé. C’est à ce moment que des  éclats de voie éclatent derrière le domicile, on a volé le vin apporté pour la cérémonie. Ce sont les cousins de Adèle Berthe qui ont posé cet acte et, l’on apprendra finalement que c’est pour respecter les ordres de leur papa.

Un départ précipité

Adèle éclate en sanglots et demande à son homme d’appeler ses amis pour revenir à Yaoundé. De nouvelles tensions et finalement, nous nous mettons en  route vers 3h30 – 04h00,  accompagnés par les menaces  des parents de la jeune femme.

Son premier fiancé est parti il y’a trois ans, parce qu’il n’avait pas eu les moyens d’acheter tout ce qui était inscrit sur la liste, en plus de l’argent. Dans les voitures, les commentaires vont bon train, les quolibets ne manquent pas. Certains demandent au jeune homme d’abandonner cette fille avec qui il a deux filles.

Ce n’est pas un cas isolé

L’imagerie populaire laisse croire que dans certaines régions, il faut avoir les côtes solides pour aller prendre une femme lorsqu’on décide de se marier. Certains parents semblent avoir fait de leurs filles, des fonds de commerce, des placements qui vont leur permettre de devenir riche.

Lorsqu’on demande des motos, écrans plasmas, lecteurs dvd et autres, cela dépasse l’entendement et, pour Laurent Loé, il est preférable de rester célibataire : « Je ne connais pas la somme mise de côté par Romuald et sa  fiancée, parce que je suis certain qu’elle a contribué mais, sincèrement, à ce niveau, c’est de la pure sorcellerie. On dirait que certains ne veulent pas voir leur fille aller en mariage et, pour couronner le tout, ses frères vont dérober la boisson. C’est de la pure haine. Ce n’est que la dote et, le mariage arrive et après, il faudra soigner les bobos de toux ceux qui viendront. Non, pour moi c’est la sorcellerie… ».

Candice va dans le même ordre d’idées : «  J’ai failli me lever à plusieurs reprises et quitter ce village de sorciers. Après, on sera surpris que les filles ne se marient pas et restent vieilles filles ou alors, passent leur vie entière dans les viens on reste. Ce n’est pas possible. Ce qui est marrant, c’est que ce ne sont même pas les parents biologiques d’Adèle qui revendiquaient toutes ces choses, ce sont les oncles et tantes qui ne lui ont certainement jamais acheté ne serait ce qu’un crayon. Si j’étais à leur place, après le mariage, je ne reçois plus personne chez moi, surtout les frères voleurs. Elle doit même faire attention… ».

Ce marchandage se vit beaucoup plus dans les régions du Centre, du Sud, du Littoral. Ailleurs, notamment à l’Ouest et dans les régions du Nord et du Sud Ouest, c’est autre chose. La fille n’est pas vendue comme du bétail.

Des exigences de la dote. Quelques éléments de la longue liste.

Les conséquences d’une telle boulimie matérielle

L’on entend parfois louer le comportement de telle femme, la beauté aussi bien intérieure qu’extérieure de telle autre mais, elles sont là, de grandes célibataires. L’homme n’ayant pas assez de moyen, refusent de s’engager et, s’il fait trop, il va toquer à la porte, réussi à conduire sa compagne à la mairie pour la signature de l’acte d’état civile.

Depuis quelques années, le ministre de la promotion de la femme et de la famille a décidé d’organiser les mariages. Dans une marrée humaine, on est surpris d’entendre que certains ont près ou plus de trente ans de concubinage. Si par malheur, le conjoint décède, sa femme est renvoyée chez elle avec ses enfants, elle n’était que la concubine de son homme et leur progéniture ne peut hériter de rien.

Il est important de revoir certaines coutumes. Bien que le mariage ne soit pas une fin en soi, une femme ne devrait pas rester célibataire, parce que ses parents ont décidé de faire d’elle un fond de commerce, à donner au plus offrant. Il est vrai que le comportement de certaines filles est questionnable parce qu’elles trouvent que c’est une honte de contribuer à sa dote. Une attitude qu’il convient aussi de changer.


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