Joseph Dion Nguté et Ni John Fru Ndi à Bamenda.
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Ce brouhaha est matérialisé par des sons discordants entre Joseph Dion Ngute, chef du gouvernement, qui a annoncé la tenue d’un dialogue sur tout sauf la sécession dans les prochains jours. Par contre, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale (Minat), a pris le contre-pied de son patron, en indiquant, sur France 24 le 17 mai 2019, qu’il n’y aura pas de débat sur la forme de l’Etat. La position de ce membre du gouvernement laisse transparaître la profanation du discours présidentiel.

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Le message du chantre du renouveau véhiculé par le Premier ministre au cours de la visite officielle dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est galvaudé, voire battu en brèche par le ministre de l’Administration territoriale (Minat). En effet, le fait de remettre au goût du jour cette dissonance gouvernementale traduit l’existence de plusieurs courants de pensée se rapportant à la perception de l’Etat au Cameroun. En soutenant la thèse du déni du débat sur la forme de l’Etat, Paul Atanga Nji défend, manifestement, l’argument central des sécurocrates ayant opté, sans coup férir, pour l’approche maximaliste. Il s’agit là de la démarche des faucons du pouvoir de Yaoundé qui restent arc-boutés sur le radicalisme. Ce sont des conservateurs hors-pair qui continuent, en dépit de l’approche progressiste du gouvernement, à entretenir l’idée de la récusation et la réfutation de la sécession et du fédéralisme comme nouvelles modalités à entrevoir dans la perspective d’un dialogue politique inclusif annoncé. Pour ces thuriféraires et apparatchiks du système gouvernant en place, il est impératif de valider l’opérationnalisation du courant unitariste, dont le postulat principiel s’articule autour de l’Etat unitaire et décentralisé. D’où la déclamation de la maxime muée en rengaine quotidienne: “L’Etat est un et indivisible”.

A l’opposé de ce courant maximaliste assorti de l’unitarisme, se situe l’approche progressiste soutenue par Joseph Dion Ngute. Le chef du gouvernement, nommé le 4 janvier 2019 par Paul Biya, se situe aux antipodes de la méthode des faucons conservateurs qui martèlent la thèse d’un Etat statique, inerte, immuable et qui reste, par corollaire, une monade inchangeable et inaltérable. Or, en discutant, ces derniers jours, avec les autorités traditionnelle, religieuse, politique et administrative, ainsi qu’avec les populations locales des zones anglophones, le Premier ministre porte la voix de l’hégémon central, dont le discours radical initial est devenu, trois ans après, relativisé et altéré. Toute chose expliquant le choix de l’approche progressiste de J. Dion Ngute. D’après les idéologues de ce mouvement de pensée, il est urgent d’accorder les violons autour de la construction des conditions d’un dialogue politique national inclusif autour des questions fondamentales liées à la gouvernance politique, sociale, économique et culturelle. En réalité, en accréditant la démarche progressiste du patron du gouvernement, représentant officiel du Chef de l’Etat, c’est le vent du courant fédéraliste qui est, sans conteste, insufflé dans l’arène sociale, l’enjeu étant d’opter pour la refonte de l’Etat. Sur ces entrefaites, il est idoine de rompre avec la logique passéiste, statique et anachronique du paradigme de l’immuabilité de l’Etat pour faire ressortir le caractère innovant, changeant, mouvant, évanescent de la théorie dynamiste de la restructuration de ce macrocosme social.

Au-delà de ces deux courants idéologiquement marqués qui s’affrontent à l’aune des lobbies nourris et structurés dans le kaléidoscope gouvernemental par des carriéristes et des pouvoiristes purs et durs, il y a des radicaux de l’extérieur qui soutiennent, tous azimuts, le courant séparatiste, dont le dessein se résume à l’accréditation de la thèse de la division de la macrostructure publique.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste éditorialiste: Rédacteur en Chef panorama papers

Des bandes armées criminelles entonnent l’hymne de la scission, mieux celui de la sécession, dont ils veulent percevoir la matérialisation sur le terrain factuel. Pour les chantres de cette mouvance idéologique, l’argument de “l’Etat reste un et indivisible” doit être mis sous le boisseau au profit de l’acceptation de la thèse de la mutation, voire de la mutabilité de l’Etat transformé en un tout divisible. Toute chose récusée et critiquée à hue et à dia par le pouvoir de Yaoundé.


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