Paul Biya, Président de la république du Cameroun .
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Trois ans après la survenue de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Paul Biya organise un grand débat à l’image de la Tripartite de 1991 qui, 28 ans après, n’a jamais donné lieu à l’examen des acquis et des passifs en termes de bilan. Au Cameroun, le bilan n’est, vraiment, pas dans les habitudes du commandant de bord et de ses thuriféraires et créatures.
C’est ce qui explique, d’après certains observateurs de la scène publique camerounaise, une certaine navigation à vue et des échecs récurrents dans la gestion des affaires publiques imputée au système gouvernant en place. Si l’on avait, par exemple, fait le bilan de la Tripartite pour voir ce qui avait été implémenté en termes de résolutions et de recommandations et ce qui reste à faire pour une mise en pratique réelle et urgente, le Cameroun n’aurait pas connu, sans doute, d’énormes pesanteurs, lenteurs et forces d’inertie à plusieurs niveaux de la gouvernance politique, sociale, économique et culturelle. La crise sociopolitique, qui sévit, depuis trois ans, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ne serait pas enlisée ou, du moins, trouverait une solution déterminée au gré de la volonté politique du Président de la République. Certaines figures emblématiques encore vivantes de la Tripartite de 1991 au Cameroun sont arc-boutées sur l’idée selon laquelle la solution aux problèmes sociopolitiques du pays réside dans le dialogue, l’entente et l’écoute des aspirations du peuple. La Tripartite s’inscrit, en réalité, dans ce registre tant elle avait permis de sauver le pays d’une guerre civile née des années de braise liées à l’organisation des villes mortes ayant duré huit mois.
28 ans après, et au cœur de la crise sécuritaire, politique, structurelle et conjoncturelle doublée d’une situation mortifère et morbide dans les zones anglophones, il est urgent de revisiter, au premier abord, la Tripartite et ses Accords. La situation sociopolitique contemporaine n’est, certes, pas si éloignée au regard de l’atmosphère de crispation politique nécessitant, de toute urgence, un dégel du climat de tensions, de passions et de pulsions des acteurs. La convocation d’un grand dialogue national implique, pour ce faire, l’urgence d’une véritable mutation des mentalités des officiels gouvernementaux dans les manières d’agir, de penser, de faire, de gouverner et dans le besoin des réformes corrélées à la création et à la mise en place des institutions fortes. C’est, en substance, un retour à la case de départ, et il est impératif de s’arrêter pour évaluer les faiblesses et les lacunes ayant été à l’origine de l’échec de la Tripartite. Toute chose permettant de comprendre pourquoi nous sommes arrivés au point de chute actuel.
La Constitution de 1996, qui consacre l’option pour un Etat unitaire, indivisible et décentralisé, est une émanation de la Tripartite, ainsi que d’autres réformes intervenues dans la vie institutionnelle du Cameroun. La décentralisation attendue depuis 23 ans par les Camerounais, et qui a toujours du plomb dans l’aile en raison des goulots d’étranglement, est une preuve que le pouvoir de Yaoundé n’a pas respecté ces accords et serait, d’une manière ou d’une autre, ce que le non-mise en oeuvre des accords de cette Tripartite a pu créer comme dommages et comme problèmes de gouvernance dans le pays jusqu’à ce jour aux Camerounais. Le retour au fédéralisme, qui avait été proposé, par exemple, comme mécanisme de refonte constitutionnelle et, singulièrement, comme modalité de la gouvernance administrative, a été substitué à la décentralisation, dont les schémas technique, politique et bureaucratique ne sont toujours pas appliqués jusqu’à l’heure actuelle. Trois accords avaient été définis, en l’occurrence ceux de la libération des prisonniers politiques des ces années-là, l’amnistie fiscale et la refonte de la Constitution. Les deux premiers accords avaient été respectés excepté le dernier lié à la reconstruction de la Constitution, lequel était le nœud de la Tripartite 2. Toute chose qui n’a jamais été faite. A cette époque-là, le Président de la République était monté au créneau et avait créé une entourloupe liée à l’organisation des élections législatives. Le Chef de l’Etat avait, d’ailleurs, alloué une somme de 500 millions de Fcfa aux leaders politiques de l’opposition camerounaise pour la tenue de ces échéances électorales. Certains opposants de l’époque-d’aucuns sont vivants- avaient lâché du lest, avaient cédé et avaient, pour ainsi dire, trahi les accords de la Convention de la Tripartite au point d’aller participer aux Législatives de 92. Il y avait alors eu une fissure au sein de la classe politique de l’opposition. En effet, alors que certains comme Ni John Fru Ndi, chairman du Social democratic front (Sdf), Adamu Ndam Njoya, président national de l’Union démocratique du Cameroun (Udc), etc avaient, systématiquement, refusé de concourir à cette échéance électorale, Bello Bouba, Kodock, Dakole Daissala avaient compéti sans gêne au mépris des accords dûment signés.
Bello Bouba Maigari, président national de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), Augustin Fredéric Kodock, alors Secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (Upc), Dakole Daissala, leader national du Mouvement pour la défense de la République (Mdr), etc avaient investi leurs partis politiques. Alors que le Rdpc avait obtenu 88 sièges à l’Assemblée nationale, l’Undp s’était adjugé 68 sièges, l’Upc, 18 et le Mdr 6. Quatre ans plus tard, les leaders de ces formations politiques avaient signé la convention d’alliance gouvernementale, ce qui avait permis à chacun de bénéficier des strapontins dans le gouvernement, tout comme certains cadres desdites formations politiques. Même après le déroulement de ces Législatives, le régime en place n’était pas revenu sur la Tripartite 2 et, singulièrement, sur la Constitution, laquelle nécessitait une refonte tant elle ne limitait pas la mise en place des institutions de la République. Pourtant, c’était le thème fédérateur de l’opposition camerounaise.

C’est donc à cause de la politique de la ruse exécutée par le régime de Yaoundé que l’on aboutit, aujourd’hui, à des frustrations des compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui s’attendaient, en 1991, à la refonte constitutionnelle, levier de l’implémentation du fédéralisme. Bien d’entre les têtes de proue du NoSo de l’époque, à l’instar de Njoh Litumbe, culpabilisent les francophones d’avoir permis la mise en route de la décentralisation qui, du reste, n’est pas appliquée dans les faits.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en Chef Panorama papers. Sociologue du développement.
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Avant donc la tenue du grand dialogue national à la fin de ce mois en cours, il est impérieux de dé-poussiérer les accords de la Tripartite pour voir ce qui doit être fait, car restant à faire, pour faire le bilan du parcours, pour ouvrir les projecteurs sur les leaders et acteurs, ce qu’ils avaient fait, les conditions de la tenue de ces assises, les vérités et contre-vérités de cette rencontre autour de laquelle des idées, des recommandations et résolutions avaient été émises et formulées, lesquelles méritent encore d’être re-précisées dans leur vraie proportion. Histoire de servir de source d’inspiration pour l’avenir du Cameroun.


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