Une attitude de Paul Biya lors d'un conseil Ministériel
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Des Directeurs généraux des sociétés étatiques ont encore deux mois pour démissionner de leurs postes de décision. Parmi les textes signés par le Chef de l’Etat, figure le décret 320, lequel impose aux Présidents du conseil d’administration, aux administrateurs et aux Dg et Dga d’informer leurs administrations et organismes de représentation, ainsi que la situation de leurs mandats respectifs. Le décret ayant été signé le 19 juin 2019, il reste encore deux mois à ces gestionnaires des entreprises publiques de rendre leur tablier, du moins pour ceux ayant déjà passé neuf ans à la tête de ces structures. Mais, rien n’est moins sûr connaissant les mentalités des responsables desdites entreprises.
Jusqu’ici, c’est le Directeur général de l’Agence de régulation du secteur de l’électricité qui a fait parvenir, le 27 juin 2019, sa lettre de démission au ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee) pour avoir déjà épuisé son mandat de 9 ans à la tête de cette structure. En effet, en se référant au décret numéro 2019/322 du 19 juin 2019, fixant les catégories d’établissements publics, la rémunération, les indemnités et leurs avantages de leurs dirigeants, Jean Pierre Kedi fait savoir à Gaston Eloundou Essomba qu’il a entamé la liquidation de la période transitoire qui court jusqu’au 19 septembre 2019. Pour ce faire, il exprime le vœu que son chef département ministériel de tutelle lui fasse connaître, en retour, la personne focale à laquelle, le cas échéant, il devra remettre les documents de passation de service, étant donné que les actuels présidents du conseil d’administration et le Directeur général adjoint de l’Arsel sont, dans le même cas, d’atteinte de limite de mandat.
Si le Dg de l’Arsel va franchir le cap de 9 ans le 19 septembre 2019 suivant le récent décret présidentiel, il y a bien de Directeurs généraux des entreprises publiques hors-la-loi, c’est-à-dire des responsables, dont les mandats à la tête des sociétés étatiques sont échus depuis des années. Le doyen de ces gestionnaires hors-la-loi est le Directeur général du Ceneema (Centre national d’études et d’expérimentation du machinisme agricole), qui a déjà comptabilisé 45 ans à la tête de cette structure. Ernest Ela Evina avait été nommé nommé depuis 1974 par feu Ahmadou ahidjo, ancien premier président de la République du Cameroun. Ce manager fossilisé est en poste avant même l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, le 6 novembre 1982. Eu égard à la récession économique ayant ébranlé le secteur agricole à partir de 1985 entraînant, pour ainsi dire, une chute drastique des cours des produits et des investissements publics, le Ceneema a amorcé sa descente aux enfers. Cette entreprise végète aujourd’hui. Octogénaire, le Dg semble avoir été oublié à son poste depuis plus de quatre décennies.
Ela Evina n’est pas le seul Dg dont le mandat est échu depuis longtemps. Adolphe Moudiki est Administrateur Directeur général de la Snh (Société nationale des hydrocarbures) depuis 26 ans. Robert Nyonsé, quant à lui, est à la tête de la Semry (Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua) depuis 36 ans. Camille Moute A Bidias trône à la tête du Fonds national de l’emploi (Fne) depuis 28 ans alors que Marie Claire Nnana tient les rênes de la Société d’édition et de presse du Cameroun (Sopecam) depuis 17 ans. Yaou Aissatou est aux commandes de la Société nationale d’investissement (Sni) depuis 16 ans pendant que Michael Ndoping gère l’Office nationale du cacao et du café (Oncc) depuis 13 ans. Il en est de même de Alain Noel Mekulu Mvondo qui préside aux destinées de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) depuis 11 ans.
Il n’y a pas que les Dg et les Dga des sociétés publiques frappés par le récent décret présidentiel, mais il y a aussi les Présidents du conseil d’administration et bien d’administrateurs des structures publiques qui sont, dans la même veine, visés. Voici, plus bas, l’identité de ces gestionnaires et les structures dont ils sont Pca depuis des années
1. Pca du Bucrep (Bureau central des recensements de la population) (14 ans)
2. Pca Bicec (Banque internationale pour l’épargne et le crédit): Jean-Baptiste Bokam (29 ans)
3. Pca Anor (Agence de la normalisation et de la qualité): Mohamadou Bayero Fadil (10 ans)
4. Pca Adc (Aéroport du Cameroun): Joseph Dipita Pokossi Doumbe (15 ans)
5. Pca Armp (Agence de régulation des marchés publics): Hamadjoda Adjoudi (18 ans)
6. Pca Arsel (Agence de régulation du secteur de l’électricité): Martin Aristide Okouda(19 ans)
7. Pca Autorité aéronautique: Maximin Nkoue Nkongo (10 ans)
8. Pca Magzi (Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles): Jean Madou Ndengue (45 ans)
9. Pca Sopecam (Société de presse et d’édition du Cameroun): Joseph Anderson Le (10ans)
10. Pca Tradex: Adolphe Moudiki (20ans)
11. Pca Sni (Société nationale d’investissement): Simon Achidi Achu (31 ans)
12. Pca Sic (Société industrielle du Cameroun): Adji Abdoulaye Haman (13 ans)
13. Pca Cimencam: Pierre Moukoko Mbonjo (11 ans)
14. Pca Fne (Fonds national de l’emploi): Samuel Kondo (19 ans)
15. Pca Oncc (Office national du cacao et du café): Ayang Luc (28 ans)
16. Pca Edc (Electricity development corporation): Victor Mengot Arrey (13 ans)
17. Pca Eneo: Séraphin Magloire Fouda (9 ans).

Sans conteste, le fait de l’éternisation des dirigeants à la tête des sociétés étatiques entraîne des dysfonctionnements structurels. L’inertie, la gabegie, la mal gouvernance, le népotisme, le favoritisme, le clientélisme,le sectarisme, la concussion, la prévarication, la corruption, la cooptation, etc deviennent des poncifs auxquels les gestionnaires et les agents s’habituent au quotidien tel des modes normatifs de fonctionnement. Toute chose qui obère la célérité des actions, la productivité des acteurs dans l’entreprise, la rentabilité du moule et la fiabilité de ces structures. Il y a donc un sérieux problème de la gouvernance des entreprises étatiques tant elles sont plombées, depuis décennies, par une litanie de scories et par la ritualisation de l’incurie. Une approche systémique nécessite, par conséquent,

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en Chef Panorama papers. Sociologue du développement.
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la dé-construction de ces structures à partir du sommet jusqu’à la base et une reconstruction des nouvelles méthodes de fonctionnement générées par de nouveaux managers, dont le dessein est d’impulser une nouvelle énergie nécessaire, voire indispensable à la résorption des tares et des avatars, lesquels ont solidifié les pesanteurs et les forces d’inertie de ces leviers de développement. Vivement que les acteurs gestionnaires des entreprises publiques soient remplacés par de jeunes et nouveaux managers et que les nouveaux mécanismes d’action et de fonctionnement soient rénovés pour une redynamisation structurelle, fonctionnelle et organisationnelle!


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