Lycée Bilingue de Deido, façade principale.
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****** Les faits
Osman s’est, en effet, interposé entre un copain et un autre élève. Alors que l’un tentait de délester, mieux d’arracher le téléphone de l’autre, celui qui n’a pu imposer la loi du Talion a été courroucé et est allé, furtivement, solliciter le renfort. En guise de représailles, Osman recevra le coup de poignard fatal près du cœur. Conduit, de toute urgence, à l’hôpital de district de Deido, le jeune élève est mort quelques instants après. L’on se souvient qu’à la fin du mois de février 2019, un élève de la classe de Sixième a été violé par ceux de la Terminale dudit lycée. Les auteurs du viol collectif croupissent, actuellement, dans les geôles de la prison centrale de New Bell.
****** L’analyse
D’après le censeur du lycée bilingue de Deido, Maurice Seyapdje, qui s’est prêté au jeu des questions-réponses des journalistes arrivés sur les lieux quêter l’information à bonne source, les auteurs du crime sont identifiés. Il s’agit de: Ivan Simo, 19 ans; Loic Mukuelle, 18 ans et Mohamed Bello, 18 ans. “Deux de ces trois adolescents ont été exclus du lycée, explique ce responsable éducatif, depuis le mois de novembre 2018 pour violence au sein de l’établissement. Ils ont gardé leurs tenues de classe avec lesquelles ils peuvent aisément circuler avec les autres élèves”. Aussi M. Seyapdje corrobore-t-il qu’il y a eu des échauffourées relatives à l’accaparement du téléphone par l’un des protagonistes. Le censeur avoue qu’il y a eu relâchement de l’appareil sécuritaire le jour de la remise des bulletins.
Lycée bilingue de Deido, des élèves éprouvés.
Au regard de ce circuit de faits, l’environnement psychosocial du lycée bilingue de Deido est englué dans une insécurité, dont les ramifications sont hétérogènes. En effet, le dispositif de sécurité n’a pas été assuré non seulement par le chef d’établissement, les surveillants généraux et les censeurs, mais aussi et a fortiori par les vigiles postés à l’entrée de cet établissement. C’est, d’ailleurs, à cause de l’affaiblissement du dispositif normatif coercitif et répressif de ce milieu scolaire que les deux élèves renvoyés et exclus depuis novembre 2018 ont réussi, sans coup férir, à se frayer un chemin. Histoire de continuer à meubler la pieuvre de l’insécurité dans cette enseigne éducative. Il est fort possible que ces deux élèves indisciplinés et déviants sociaux soient autant réguliers, voire plus réguliers que leurs pairs qui sont conformes avec la morale et la philosophie éducatives prescrite par la technostructure scolaire.
Dans ce contexte, il apparaît, manifestement, que les surveillants généraux et les censeurs ne font pas toujours preuve de vigilance, de prudence et de méfiance à travers le contrôle systématique des allées et venues de la progéniture scolaire dûment inscrite et habilitée à être en classe. Des agents de sécurité juchés à l’entrée du lycée bilingue de Deido peuvent, au regard de leur statut social précaire, être, aisément, malléables et manipulables de manière à succomber à tout acte de corruption des jeunes renégats qui polluent, en permanence, l’environnement scolaire. Dans un contexte de crise de la moralité publique et de déchéance des normes, règles et valeurs de l’être, ces vigiles peu rigoureux sont susceptibles de participer, sait-on jamais, à la construction d’un milieu scolaire poreux à la mobilité des tumultueux garçons, qui feront perdurer les formes de violences physique et symbolique sur leurs amis et camarades. C’est non sans pertinence que Simo, Mukuelle et Mohamed Bello ont été, il y a quatre mois pour d’entre eux, exclus du lycée bilingue de Deido.
En sondant, dans la même veine, l’intentionnalité des élèves dudit lycée, il apparaît une autre version des faits. En effet, des camarades de classe de Osman, qui ont fouiné dans la vie interne de leur ami défunt, et qui sont interrogés sur cette situation tragique, font savoir que ce crime est consécutif à une bagarre enclenchée depuis deux jours pour des raisons, jusqu’ici, inconnues et inavouées. Le contentieux n’étant donc pas vidé à l’extérieur de l’établissement, le trio composé de deux exclus et d’un élève dûment admis est arrivé au lycée bilingue de Deido avec l’idée de vengeance et s’est mis, fortuitement, à bastonner Tsanou avant de le poignarder mortellement ensuite à l’aide d’un couteau. Les présumés coupables méditent leur sort, depuis hier (vendredi, 29 mars 2019), dans les geôles de la direction régionale de la police judiciaire de Douala-Bonanjo.
Lycée bilingue de Deido, des élèves sous le coup du choc

Par ailleurs, il y a un paramètre dont il faut tenir compte dans l’environnement psychosocial de l’enfant en milieu scolaire, c’est celui de l’infiltration des élèves et individus non inscrits dans un établissement, qui n’ont pour seul dessein que de dérober les ustensiles scolaires des autres, dont ils disent être des camarades et amis et de semer la terreur dans un milieu scolaire. Pourtant, il ne s’agit que des infiltrés zélés, qui sont, en réalité, des délinquants primaires étant, pour la plupart, en situation d’insolvabilité scolaire. Ce sont ceux-là qui créent, alimentent et structurent le phénomène du banditisme scolaire, de la criminalité et de l’insécurité ambiantes au point de se muer en loups pour leurs soi-disant pairs. Ces adolescents-délinquants sont, sans conteste, des loups pour la progéniture scolaire naïve encline à réaliser l’objectif de la réussite scolaire. “L’Homme est, véritablement, un loup pour l’Homme” comme le postule le Philosophe Thomas Hobbes dans l’environnement de l’Etat de nature, où règne la jungle. Dans l’imaginaire collectif, ces adolescents-déviants sociaux mués en infiltrés de certains établissements scolaires, où les effectifs pléthoriques colonisent l’enceinte des salles de classe, sont, prosaïquement, appelés “taxeurs”, autrement dit ceux-là qui menacent, en permanence, leurs amis et camarades en les rançonnant, en leur extorquant leur pécule, en subtilisant, voire en volant leur ingrédients scolaires (stylos à bille; cahiers, livres; besace; etc). Chaque fois, ces jeunes professionnels de la délinquance urbaine usent des formes de violences physique (coups de poing, gifle, coups de griffes, autres sévices corporels, …) et morale (blâme, insulte, menace, vocifération, intimidation, frustration, minoration, etc) et abusent de leurs pairs, en les délestant de leur dû au quotidien. Craignant toute forme de représailles, leurs camarades et amis vivent le martyre, la peur d’avoir peur, mieux subissent les affres de l’angoisse existentielle à telle enseigne que certains n’informent ni leurs parents, ni même leurs enseignants, leur surveillant général et le chef d’établissement. C’est au moment où un drame se produit que les langues se délient. Chacun(e) sort de l’ornière et brise le silence cathodique pour dévoiler tout sans fards, sans vergogne et sans scrupule. En substance, le drame, le mélodrame et le psychodrame qui se produisent, en pareille circonstance, offrent l’occasion opportune aux uns et aux autres, cette fois-ci en posture de majorité psychologique, de débusquer tous les espiègles et les oiseaux de mauvaise augure qui les terrorisaient au quotidien. Fondamentalement, toute situation tragique incline la quasi-totalité des élèves à créer une sorte de catharsis sociale et à relater le vécu psychosocial de leur environnement mortifère, de leur milieu scolaire de terreur et de frayeur. L’on conclurait, sans doute, à la thèse suivant laquelle, et c’est un aphorisme de bon aloi: “A quelque chose malheur est bon”.

Au demeurant, il est urgent que l’environnement psychosocial du lycée bilingue de Deido et des autres lycées et collèges soit sécurisé en permanence dans toutes les entrées et sorties afin qu’il y ait, régulièrement, des mécanismes de contrôle systématique des élèves, qui sont, dûment, inscrits. Sachant que tout élève, dans la diagonale de l’acteur et du système de Michel Crozier, Sociologue des organisations, dispose des potentialités de contournement de la norme sociale coercitive préconisée par toute structure scolaire, il est nécessaire, voire indispensable de renforcer tout dispositif de surveillance du premier au dernier jour de classe afin que toute frasque soit châtiée de manière à instaurer un environnement de crainte des agents socio-éducatifs. Ne dit-on pas que la peur du gendarme est le commencement de la sagesse? En conséquence, même le jour de la remise des bulletins, il est idoine d’assurer une surveillance systématique des élèves qui vont et viennent. Or, généralement en période de clôture des trimestres, bien d’enseignants et de surveillants généraux brillent par leur absence. Toute chose qui expose les élèves sains à la gueule des charognards de l’établissement, qui sèment, chaque fois qu’une occasion opportune se présente, la violence, le désordre, le chaos et le drame.
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