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C’est en grande pompe que certaines personnalités ont annoncé le retour dans les plus brefs délais, de la lumière dans la capitale politique camerounaise. Le passage dans les médias et les posts qu’ils n’ont pas manqué de faire au quotidien, ont laissé croire qu’une semaine après la sortie gouvernementale, tout était redevenu normal. Que non!

Rakiatou Mamoudou tient une petite entreprise de poterie aux environs du quartier Ngousso à Yaoundé. Depuis trois semaines, ses activités sont en berne. Elle n’arrive pas à fabriquer ces pots et autres objets de décoration, que de nombreuses personnes affectionnent, à cause du manque d’énergie.

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Alors qu’au début de cette année, elle a consenti à un sacrifice énorme, mettant toutes ses économies dans l’achat des machines qui allaient lui permettre de faire mieux et vite son travail « Pendant deux ans, après que je sois sortie de l’école de Mbalmayo, j’ai travaillé uniquement à la main. Les gens appréciaient mon travail mais, j’ai perdu beaucoup de clients, parce que travaillant seule à ce moment, je ne respectais pas toujours mes engagements…C’est la raison pour laquelle j’ai acheté deux machines en Janvier dernier. C’est vrai que les coupures d’énergie sont récurrentes ici mais, je pouvais travailler et laisser éclater ce don que le Seigneur m’a donné en fabriquant mes objets de décoration en avance… ».

Et pourtant, « Depuis bientôt un mois, c’est comme si je suis revenue à la case départ. Eneo nous a privé d’énergie sans même prendre la peine de nous avertir. Il fait noir, sinon j’allais vous montrer tout le matériau qui est là dedans. Je suis encore ici parce que obligée de travailler tard et de profiter autant que possible des derniers rayons de soleil. Mais, je ne peux utiliser a torche de mon téléphone ou ma lampe est éteinte, elle ne conserve pas beaucoup d’énergie. J’ai des factures à payer, mes deux collaborateurs sont presque payés à la tâche, je ne peux faire autrement maintenant. La rentrée des classes s’est dans quelques heures et, ils ne pourront même pas acheter des crayons à leurs enfants… ».

Autre lieu, même constat

Salif  tient un atelier de couture. En cette veille de rentrée scolaire, il ploie sous le poids des commandes de tenue scolaire. Malheureusement pour lui, il est devenu la cause indirecte de la non reprise des cours des enfants inscrits au sein des établissements où l’on n’admet pas le port des vêtements civils. Et certains parents ne sont pas toujours conciliants : « Vous savez madame, quand ces gens posent leurs actes, ils ne se soucient pas des désagréments qu’ils causent chez les petits promoteurs comme nous. Vous savez que dans un atelier de couture, il y’a longtemps, on ne travaille plus avec du simple fil, une aiguille et un dé. Peut être qu’il faut aussi le rappeler à ces responsables qui sont en haut là bas. Je ne peux vous dire combien de fois les parents sont venus m’engueuler ici. C’est comme si c’est moi qui donne les ordres à Eneo là bas, mais, on va faire comment ? C’est ça le Cameroun… ».

C’est la catastrophe dans certains centres de santé

Après Ngousso, nous nous sommes rendus à Mvog Ada et au quartier Nkoldongo. Dans la voiture qui nous conduisait, nous avons fait un amer constat. Certes, certains quartiers étaient éclairés, contrairement à ce qui a été remarqué les jours précédents mais, ailleurs, les habitants doivent se montrer patients : « Je suis la garde malade de mon frère aîné. Nous sommes arrivés ici depuis bientôt trois jours, parce que ici, avant que le docteur et les infirmières demandent l’argent, on te soigne d’abord et tu payes les factures après. Dans les grands hôpitaux, ce n’est pas ça. Mais, comme il n y’a pas de lumière ici, pour la perfusion de la nuit, les infirmières utilisent les torches de leur téléphone et ce n’est pas toujours évident. Il y’a une femme qui est arrivée ici hier vers 23h comme ça, elle était à terme et venait pour mettre au monde son enfant. Je ne sais pas bien ce qui s’est passé mais, peut être que c’était compliqué et elle a été renvoyée pour que sa famille l’amène dans un autre hôpital… ».

Dans un autre Centre de Santé, une aide soignante, qui a refusé qu’on cite son nom, témoigne ainsi : « Il y’a un enfant et une maman, déjà âgée qui ont perdu la vie ici, en l’espace de 48 h. En fait, on n’a pas pu leur donner des soins à temps. C’était comme si la malchance nous poursuivait seulement. Le gasoil est fini dans le groupe électrogène et, lorsque les parents ont amené leur enfant, il se faisait déjà tard et, trouver ses veines n’était pas aisé. Pendant qu’on cherchait, avec les torches de nos téléphones, il est décédé. Peut être que s’il y’avait eu le courant, nous aurons pu trouver ses veines à temps et le sauver, mais nous sommes seulement dans les peut être…Pour la veille dame, en fait, je vais penser encore que c’est peut être la malchance. C’était pratiquement le même scénario… ».

Il ne s’agit que de quelques exemples pris de manière éparse mais, le manque d’énergie dans la ville de Yaoundé a causé beaucoup de désagréments. Au-delà des promoteurs des Pme, des malades qui n’ont pu bénéficier des soins de santé à temps, il y’a ces ménagères qui, ayant fait des emplettes pour plusieurs jours, ont tout perdu dans leurs frigos et congélateurs, sans parler des appareils grillés dans les maisons. Aucune mesure d’accompagnement n’est prise au niveau d’Eneo, pour compenser les victimes, au contraire, les responsables de ce côté semblent vouloir se contenter des shows dans les chaînes de télévision locale.

Mais, comme l’a relevé Salif plus haut, ainsi va le Cameroun.


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