Crédit montage photo; La une du quotidien Muatations du jeudi, 28 février 2019.
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L’élection s’est, curieusement, déroulée dans une localité de l’Extrême-Nord Cameroun à la grande stupéfaction des Camerounais. Sans que cela ne soit annoncé, préalablement, aux concitoyens, des internautes ont vu, au soir d’un samedi, 11 mai 2019 sur les réseaux sociaux, le coordonnateur national du  mouvement “11 millions de citoyens” arborer les tee-shirts où était floquée l’effigie du Pcrn. D’où l’ébahissement de plus d’un. Certains se sont même posé la question de savoir de quelle escroquerie politique il s’agit. En ce moment, nous étions au courant des formes de minoration, de disqualification et d’intimidation dont ce jeune leader politique était victime dans certains arrondissements du pays. Certaines autorités administratives ont, ces derniers mois, interdit à Cabral Libii d’organiser des manifestations publiques. Pourtant, le dépôt de déclaration desdits événements a été, dûment, fait. En outre, l’homme politique a été, ces derniers mois, en butte à la pesanteur créée par le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, qui n’a pas, jusqu’à présent, accrédité la demande de création du parti “Les Citoyens”, dont le trentenaire est le fondateur. C’est donc à cause de ces turpitudes que le leader associatif s’est forgé l’idée de se faire élire à la tête du Pcrn.

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L’enjeu, pour le candidat malheureux à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, consiste, sans doute, à se positionner pour les futures échéances électorales locales. C. Libii veut, en réalité, candidater pour les élections législatives et municipales de manière à devenir soit député de la nation, soit maire d’une commune rurale. Des deux éventualités, l’une va être, en l’occurrence, choisie. Visiblement, le Juriste-publiciste nourrit un certain espoir vu qu’il a occupé le 3ème rang à la récente présidentielle avec un pourcentage maigre. Dans un contexte politique où le vote, au Cameroun, est, par essence, communautaire et, par corollaire, tribal, il y a de fortes probabilités que C. Libii se mue, dans les prochains mois, en un élu local. L’on se souvient que lors de la dernière échéance électorale, Libii Li Ngué Ngué a obtenu un score favorable au-dessus de la moyenne dans les départements du Nyong et Kellé et de la Sanaga Maritime.

Sous la bannière du parti “Univers”, Libii a réussi à damner le pion à l’Union des populations du Cameroun (Upc), parti historique, dont les fiefs électoraux sont polarisés, voire disséminés dans ces aires culturelles. Même si d’aucuns diraient, par enchantement, que ce n’est pas le parti de Um Nyobe qui était en compétition à la présidentielle dans le champ électoral, mais quiconque sait que l’Upc administrative s’est alliée au G20 (Groupe des vingt partis politiques ayant décidé de soutenir Paul Biya) par le truchement de Robert Bapoo Lipot et que, par conséquent, cette faction upéciste a accordé ses suffrages au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Les populations locales de la communauté ethno-régionale Bassa ont voté pour Cabral Libii, candidat du parti “Univers”. Elles ont accordé leurs voix à ce qu’elles ont appelé “Man Mbai”, autrement dit à l’enfant du village. Même le parti au pouvoir, dont les élites bureaucratiques avaient aidé à la conquête des sièges de députés, de maires et de conseillers municipaux lors du double scrutin législatif et municipal du 30 avril 2013, n’ont pas, cette fois-ci, réussi à convaincre l’électorat de la Sanaga maritime pour voter pour Paul Biya. C. Libii y a aussi réalisé un score enviable. Perrial Nyodog, Louis Yinda Yinda, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, Pauline Irène Nguene, Etienne Gérard Kack Kack, etc ont tous fait pour faire obtenir un score plus élevé au président national du Rdpc, mais en vain! C’est non sans pertinence que le parti au pouvoir a perdu la présidentielle dans la région du Littoral. C’est à l’actif du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) et au parti Univers, qui a investi C. Libii.

Nanti cette position relativement avantageuse au bénéfice du fils du village, le président du Pcrn entrevoit de réaliser, lors des prochaines échéances électorales locales, le même pari à telle enseigne qu’il devienne député du Nyong et Kellé au détriment de R. Bapooh Lipot, feu Pierre Sende et Ngo Ndjon, dont le mandat expire bientôt. Le leader du Pcrn nourrit, naturellement, l’ambition de rafler les sièges de députés de ce département ou, du moins, un siège à la faveur du vote tribal accordé à l’enfant du village. L’on n’est donc pas éloigné de la reproduction de la théorie du village électoral de feu Roger Gabriel Nlep, Juriste, dont ce fils du Nyong et Kellé cherchera à bénéficier dans la bataille politique. Ceci est, de surcroît, envisagé dans un contexte de flagellation de l’Upc, laquelle ne cesse d’évoluer en rangs dispersés face au jeu du Minat qui accorde, tantôt, la légitimité à Bapoo Lipot, tantôt à Pierre Baleguel Nkot, actuel Secrétaire général du parti. Toute chose décriée et châtiée par la base militante qui estime que le parti historique continue, de manière honteuse, à servir les intérêts des bureacrates néo-coloniaux et à faire, sans coup férir, le jeu de l’administration, laquelle coopte qui elle veut en fonction des enjeux électoraux qui se dessinent à chaque échéance donnée.

Cependant, même s’il est permis à C. Libii de formuler le voeu de conquérir, au moins, un siège de député dans son fief culturel, il y a lieu, en même temps, d’exprimer des inquiétudes quant à l’inconstance, à l’incohérence et à l’inconsistance de ce jeune leader politique. En effet, en l’espace de seize mois, C. Libii a non seulement construit une alliance avec le parti “Univers”, laquelle est, aujourd’hui, brouillée, mais aussi il a voulu créer son entité politique “Les Citoyens”. Ce qui, jusqu’à présent, n’est pas une réalité. La tête de proue du mouvement “11 millions de citoyens” jette, aujourd’hui, le dévolu sur le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), parti inconnu du champ politique camerounais. Cette organisation politique n’a pas de légitimité puisque n’ayant pas un ancrage national et n’ayant même pas d’élus locaux. Fondamentalement, si l’on veut voter pour une idéologie politique ou pour un courant de pensée politique, le Pcrn, dont Libii tient, désormais, les rênes en lieu et place de Robert Kona, n’aura pas assez de suffrages lors des élections subséquentes. Cette entité ne jouit d’aucune crédibilité sur l’échiquier politique. Il est, par conséquent, impératif, pour le nouveau leader, de reprendre un travail qu’il avait, dûment, réalisé avec le parti “Univers” avant, pendant et après la présidentielle 2018. Voilà donc plus de deux ans de labeur vain sur le terrain politique tant il faut encore travailler à faire connaître le Pcrn dans plusieurs localités du pays. En confortant l’alliance avec Univers pour un positionnement dans l’espace politique, cette idée aurait été mieux élaborée en vue de consolider ce partenariat gagnant-gagnant. Mais au regard des ambitions opportunistes, idéalistes, voire individualistes, Libii contribue davantage à plus se positionner dans le champ politique qu’à s’impliquer dans la dynamique de la construction de l’intérêt collectif lié à l’enracinement national du parti. Sinon, pourquoi galvauder les principes de l’alliance “Univers-11 millions de citoyens” alors que sous la bannière de cette entité, il a réussi à occuper le 3ème rang à la dernière présidentielle? Autant mieux continuer à solidifier l’assise de ce partenariat gagnant-gagnant pour les Législatives et Municipales afin que cette paire devienne un bloc fort. D’ailleurs, ne dit-on pas que l’union fait la force? Même en politique, ce postulat est réalisable à condition de participer, tous ensemble, à se mouvoir dans ce sens sur le terrain politique.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en chef, Panorama papers. Sociologue du développement
Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en chef, Panorama papers. Sociologue du développement
Cabral Libii est, pour ainsi dire, tombé dans le piège du retard de la non-légalisation du parti “Les Citoyens” pour se noyer dans un parti inconnu de l’espace politique camerounais, lequel n’a aucune représentativité à l’échelon national. C’est pour quel dessein au demeurant?


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