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Dieudonnée Enoh Meyomesse, Ecrivain et chroniqueur politique.

Où est le patriotisme ? Où est l’amour du pays ? Où est la défense de celui-ci ? Où a-t-on jamais vu cela ? Si ces personnes détestent profondément Paul Biya, ont-elles néanmoins songé un seul instant aux milliers de « gagne-petit » de leurs propres familles qui allaient, à travers la vente de sucettes, de caramels, de beignets, d’oranges, de cannes à sucre, de goyaves, de papayes, de sandwiches, etc., etc., etc., préparer la rentrée scolaire de leurs enfants à la faveur de cet événement qui allait drainer à Yaoundé, à Douala, à Bafoussam, à Garoua, des centaines de milliers de visiteurs ? Pourquoi cette macabre satisfaction ? Si la Can a été attribuée au Cameroun, était-ce à Paul Biya ? Ce dernier emportera-t-il dans la tombe les stades d’Olembé, de Japoma, de Bafoussam, de Garoua, de Limbé, dont va bénéficier des décennies durant la jeunesse camerounaise, tout comme elle continue à le faire de ceux construits par le Président Ahidjo pour la Can de 1972 ? Emportera-t-il avec lui l’aéroport de Bafoussam qui vient d’être rénové ?

Le Président Ahidjo en 1972…

1972. Les Camerounais ne le savent plus aujourd’hui, le Président Ahidjo avait véritablement sué pour trouver le financement nécessaire à l’organisation de la Can. La décision avait été prise par la Caf à Khartoum en 1970, à la fin de la 7ème Can, à son insu. Il en avait piqué une homérique colère en posant la question suivante : où vais-je trouver tant d’argent ? Mais, c’était un défi à relever, pour l’honneur du Cameroun, pour son prestige, pour sa réputation. Il avait commencé par s’adresser au gouvernement français. Niet ! Celui-ci lui avait répondu, pas un centime pour ton projet abracadabrant compte tenu du niveau de pauvreté de ton pays. Le Président Ahidjo ne s’était pas démonté. Il avait continué à chercher des financements extérieurs. En vain. Seule solution, ne compter que sur nous-mêmes. Toute l’année 1971 s’est ainsi achevée avec ce dossier casse-tête dans ses mains. Pas un sou de trouvé. La Caf a commencé, comme à son habitude ― ça ne date pas d’aujourd’hui ― à faire du chantage au Cameroun : « si vous êtes des incapables, on vous retire la Can». Finalement, le Président Ahidjo s’est tourné vers la « Caisse de Stabilisation des Prix du Cacao et du Café », ancêtre de l’Oncpb. Celle-ci a pu réunir le financement nécessaire à la construction du stade de Yaoundé et de celui de Douala. Les travaux ont ainsi pu commencer en juillet 1971 … soit à moins de 6 mois de la compétition. La Caf était toujours aux trousses du Cameroun, à faire du chantage, comme elle l’a fait tout récemment. Les visites de Mohamed Abdelhalim, le président de la Caf de l’époque (un Soudanais) ne se comptaient plus à Yaoundé. Mais, à la différence de celui en fonction actuellement, il n’était nullement mal intentionné envers le Cameroun. Les délais de réalisation des travaux étant trop courts, la tribune présidentielle du stade Ahmadou Ahidjo a vu son emplacement modifié. Dans les plans initiaux, elle devait se trouver plutôt de l’autre côté, c’est-à-dire face à sa position actuelle. Mais, le poids qu’elle représente nécessitait quelques mois supplémentaires pour que le béton puisse suffisamment sécher afin de la poser à cet endroit. Unique solution pour les ingénieurs, la placer là où elle se trouve actuellement, en la faisant reposer sur une roche fortuitement présente au sous-sol en ce lieu. C’est ce qui a été fait. Seulement, elle se retrouve plutôt face au soleil l’après-midi. En conséquence, il est difficile de commencer un match avant 15h, pour ne pas gêner les personnes assises dans la tribune présidentielle. Il faut attendre que le soleil baisse un peu…
Cette Can, le Cameroun l’a perdue. C’est connu. Nous ne revenons pas dessus. Nous sommes en 1972. Cela a été vécu comme un deuil national. Le deuxième après la perte du Cameroun septentrional rattaché au Nigéria le 1er juin 1961 …

Les Camerounais en un bloc soudé.

Les Camerounais, pendant toute la pression de la CAF, sont restés soudés derrière Ahmadou Ahidjo. Ils ont tous placé l’intérêt de la nation au-dessus des intérêts partisans. Mgr Ndongmo a été arrêté au mois de juillet 1970, ainsi que Wambo le Courant et Takala Célestin. Ils sont accusés d’avoir préparé un coup d’Etat spirituel. Ouandié Ernest vient d’être passé au poteau d’exécution à Bafoussam le 15 janvier 1971. Les prisons sont remplies de contestataires du régime. A l’étranger, plus particulièrement en France, l’opposition est très active. L’Unek, Union Nationale des Etudiants du Kamerun, est farouchement opposée au pouvoir de Yaoundé. L’élection présidentielle de 1970 vient de se terminer par la réélection d’Ahmadou Ahidjo, candidat unique, et Tandeng Muna, vice-président, le papa de l’autre, à un score soviétique de 100%. Les arrestations ont été monstrueuses à l’issue de ce scrutin. Le pays vit sous la terreur de jean Fochivé et Mouyakan. Mais, les Camerounais surmontent tout cela, et font bloc derrière Ahidjo. La Can n’est pas l’affaire d’Ahidjo, mais du pays tout entier. Personne se songe à poser le moindre acte de sabotage. Personne ne s’épanche sur les ondes de quelle que radio étrangère que ce soit pour discréditer le Cameroun. Personne! Le patriotisme qui a conduit à l’indépendance, domine encore fortement l’esprit des Camerounais. Ahidjo est un « laquais » de la France, selon certains, mais la Can est camerounaise. Pas d’amalgame …

Le scandale de l’après Can …

Janvier 1973, en pleins Jeux de Lagos, l’ambassadeur de France à Yaoundé demande une audience au Président Ahidjo. Il s’amène avec un imprimeur parisien qui lui présente des factures impayées d’impression de billets d’entrées dans les stades pendant la compétition. Colère du Président Ahidjo qui sait toute la peine qu’il a prise pour trouver le financement de la Can. Il confie le dossier à la Police Judiciaire. L’enquête établit l’existence de billets parallèles. Des centaines de millions sont allés dans les poches des gens. Des cadres du Ministère de la Jeunesse et des Sports ayant accompagné les athlètes camerounais à Lagos sont cueillis à leur retour à leur descente d’avion à Douala. D’autres du Ministère des Finances ne sont pas en reste. Le Directeur de la Banque Centrale est également interpellé et placé en détention. Kouam Samuel, l’un des plus grands hommes d’affaires du Cameroun à l’époque et fondateur de l’Union Camerounaise des Brasseries, Ucb, est également écroué à Kondengui. C’est un véritable tremblement de terre …

Le Président Biya en 2019…

Similitude. Le Président Biya a des maux de tête pour réunir l’argent nécessaire à l’organisation de la Can au Cameroun. Il faut construire de nouveaux stades. Pendant qu’il se trouve au beau milieu de cette bataille, Hayatou est évincé de la Présidence de la Caf. Son remplaçant, à l’évidence, est venu régler le compte du Cameroun. Que lui reproche-t-il ? Impossible de savoir. A peine en fonctions, il poignarde le Cameroun. Il augmente de 50% le nombre d’équipe appelées à participer à la Can et ceci dès celle en préparation. Elles passent de 16 à 24 ! Huit de plus ! Il faut des stades supplémentaires. Il se frotte les mains. C’est un véritable coup en-dessous de la ceinture. Par cet acte, il est convaincu que le Cameroun va jeter l’éponge. Non. Comme pour 1972, le Cameroun relève le défi. « Oui, nous continuons ». La suite, on la connaît. Insupportables pressions basées sur l’échec de son coup de poignard. Il vocifère à tue-tête : « le Cameroun ne sera pas prêt ! le Cameroun ne sera pas prêt ! le Cameroun ne sera pas prêt ! » Il est relayé dans cette cabale par les Camerounais eux-mêmes en grand nombre, ceux qui détestent Biya, au nombre desquels, ceux pour qui la Can se présente comme le second tour de la présidentielle du 7 octobre perdue par l’opposition.

Des Camerounais contre … le Cameroun !

La Grèce était-elle « prête » pour les jeux olympiques ? Le Brésil l’était-il ? La France avait-elle achevé tous ses stades lors de la Coupe du Monde ? Non, « le Cameroun ne sera pas prêt ! » C’est au mois de mars 2019 que doit se prendre la décision. Quatre mois plus tôt, à savoir au mois de novembre 2018 : « le Cameroun ne sera pas prêt ! » Des Camerounais se lancent dans une campagne internationale avec ce seul mot à la bouche : « le Cameroun ne sera pas prêt ! » Sur facebook : « le vieux dictateur qui s’accroche au pouvoir ne sera pas prêt ! ». Sur Rfi, dès que le micro est tendu à un Camerounais : « le Cameroun ne sera pas prêt ! » Le président de l’association de la presse sportive du Cameroun, quelque chose comme ça, répète également en jubilant : « le Cameroun ne sera pas prêt ! nous le répétions depuis très longtemps » Le chroniqueur aux proverbes alambiqués de l’émission de sport de Rfi bien connu des Camerounais s’en prend à Eto’o Fils, et se fait immédiatement rabrouer en direct sur les ondes par ses collègues. Mais, il ne capitule pas. Il déverse sa bave sans coup férir : « le Cameroun n’est pas prêt ! » Il n’a pas simplement le courage de traiter Paul Biya en direct de « vieux dictateur sénile »…

Tout comme des Noirs vendaient … des Noirs hier aux Négriers !

Bref, tout comme des Noirs vendaient leurs congénères hier aux négriers, les Camerounais se sont mis à vendre eux-mêmes leur pays avec délectation. On n’a jamais vu ça nulle part. Même au Cameroun, on ne l’avait pas vu en 1972. En aucun jour, un Français ne pourra venir dénigrer son pays ou son gouvernement sur les ondes de Canal2 ou d’Equinoxe.

En aucun jour cela ne se fera. Jean-Luc Mélenchon ou Marine Lepen ne viendront jamais commenter la politique française à Canal2. Jamais. Parce que le linge sale se lave en famille. Mais nous, les Camerounais, c’est de Paris, Washington, Bruxelles, Montréal, de Berlin, à France24,

Dieudonné Enoh Meyomesse, écrivain camerounais et chroniqueur politique.

à Tv5, que nous noircissons notre pays, parce que nous détestons son président. Celui-ci emportera-t-il dans sa tombe l’aéroport de Bafoussam qui a été rénové à la faveur de la Can de 2019 dont nous applaudissons actuellement le refus au Cameroun ? Un vrai scandale que retiendra l’histoire …

1 COMMENTAIRE

  1. La différence fondamentale entre les deux événements si brillament relatés est la longue durée au pouvoir de Paul Biya. Sa seule présence à Étoidi énerve plus d’un. Sest clncitoyens le prennent pour responsable de tous les malheurs qui nous arrivent. La preuve, c’est à cause de lui qje la finale de la coupe de football n’a pas pu se jouer dans les délais. Ce n’est qu’un exemple sur mille. Voilà.

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