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Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Quelques jours après la fin de la prise de parole de l’équipe de la défense à la cour pénale internationale (Cpi) où les avocats de l’ex-président Laurent Gbagbo et son ancien ministre Blé Goudé ont quasiment mis en déroute le procureur, Panoramapapers revient ce dimanche 25 novembre sur “comment l’équipe de la défense a mis en déroute l’accusation”.

Selon nos information ce verdict sera connu en février prochain.

Retour sur une démonstration de la défense.

Une véritable démonstration de force à coups d’arguments judiciaires très solides. Telle est la présentation objective qu’on pourrait faire du brillant passage des avocats de la défense de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé. Au cours des dernières audiences à la Cour pénale internationale (Cpi), du 12 au 22 novembre 2018. Soit dix (10) jours d’argumentation articulée par la Défense, dans le cadre de la demande aux fins d’acquittement pour non-lieu. Les deux accusés sont présumés auteurs d’un « plan commun » contre Ouattara et ses partisans, selon le procureur et ses substituts. Aussi pour démontrer la vacuité du dossier à charge et les limites des allégations du Procureur et démonter les fausses preuves, les différents avocats de la Défense, tous armés de leurs argumentaires, ont-ils déployé la grosse artillerie de contre-offensive. En somme, ils ont réduit à néant les arguties que l’accusation a qualifiées, à tort, de preuves à charge contre Gbagbo et Blé Goudé.

Une accusation qui relève d’une pure «divination juridique», assènent Me Seri Zokou, N’dri Claver, Alexander Knoops

Au cours cette phase décisive des ces audiences à la Cpi, Me Seri Zokou a été le dernier Avocat de la Défense de Blé Goudé à plaider le jeudi 22 novembre 2018, pour l’acquittement pur et simple de son client. Pour cet avocat qui a administré une véritable volée de bois vert au Procureur, les charges contre Blé Goudé n’existent que dans l’imaginaire du Procureur. Pour lequel, Me Seri Zokou a dans argumentation puisé dans l’histoire des inquisitions en Europe au Moyen âge. En en comparant le procureur au Grand Inquisiteur en espagnol Tomas Torquemada qui régna de 1483 à 1498. Au cours de ce règne, pendant ses quinze années et sur la basse de simples soupçons ou imaginaires d’hérésie contre la foi catholique, des populations entières à cette époque, constituées des juifs et musulmans convertis, les marranes et morisques, passaient en jugement devant des tribunaux inquisitoriaux avant d’être torturées. Tablant donc sur ce repère de l’histoire sombre du Moyen à âge, Me Séri Zokou a dépeint le Procureur comme un bourreau de la terrible périodise inquisition. « C’est cette volonté manifeste de muer un procès pénal en «art divinatoire» en privant un prévenu de sa liberté durant 4 ans. C’est pourquoi, je voudrais alerter les honorables juges que vous êtes sur les pratiques inquisitrices du Procureur et sa propension aux » procès en sorcellerie, que nous pouvons comparer à ceux mener par Tomas de Torquemada, en Espagne dura la période de l’inquisition», a soutenu l’avocat de Blé Goudé. Poursuivant dans son argumentaire pour dire que c’était donc l’époque des procès en sorcellerie. «Avec son lot de procès expéditifs avec un Torquemada qui se muait en Procureur et en Juge fouettard. S’il vous accusait, vous étiez sur d’être mort avant d’être jugé. A cette époque donc, être accusé était synonyme d’être condamné. Ni plus, ni moins», a fait savoir Zokou Séri. Idem pour Maître Alexander Knoops qui a soutenu que l’accusation reconnaît que Blé Goudé n’a jamais utilisé le terme explicite, en faveur d’un plan commun contre les partisans d’Alassane Ouattara, si ce ne sont que des interprétations relevant de l’imagination. «L’accusation a extrapolé le contexte. Pour l’accusation, c’est la force de son message qui était si forte que son appel à la paix ne pouvait être entendu. C’était plus le message sous-jacent qui était compris. Comment l’accusation peut-elle interpréter le sens d’un message. Si ce n’est de l’arbitraire? En plus, aucun témoin n’est venu dire à la barre que la force du message de Blé Goudé était tel qu’il fallait tuer aux barrages routiers d’autodéfense. L’accusation ne l’a jamais entendu. Ce ne sont que des hypothèses lancées par l’accusation qui ne peuvent pas servir d’éléments de preuves devant la Cour», a déploré l’avocat. Relayé dans cette offensive par Me N’dri claver qui, pour sa part, a fustigé les interprétations fallacieuses des discours de Blé Goudé par le Procureur. « L’accusation n’a pas étayé ses allégations générales sur la responsabilité de Blé Goudé dans les crimes qui seraient liés à l’enrôlement ou la constitution des groupes de miliciens comme Gpp. Ou qu’il aurait implicitement incité l’armée aux crimes dans les incidents du 3 mars et du 17 mars 2011. Rien ne permet de démonter sa responsabilité intentionnelle dans les intentions du groupe à commettre chacun de ces crimes qui font partie dudit plan commun. La simple connaissance d’une intention criminelle ne suffit de prouver une participation à un projet de crime. Cela ne peut pas être raisonnablement accepté par une cour», a cinglé l’avocat dans cette dynamique

Naouri assomment l’accusation : « Il y a un trou dans la démonstration du Procureur »

Si ce coup de boutoir de la Défense de Blé porté à l’accusation en est un parmi tant d’autres, il faut mettre les plus virulents au compte des avocats de Laurent Gbagbo, déjà à l’entame des audiences accordées à la Défense à partir du lundi 12 novembre 2018. D’abord Maître Emmanuel Altit qui a frappé fort là où ça fait le plus mal, en démontrant dans son offensive de vérité l’innocence de Gbagbo face à toutes les charges portées contre lui. «Le procureur est incapable de donner un seul élément précis sur ce cercle d’initiés et aucun élément sur le plan commun lui-même. Il ne définit ni le cercle, ni le plan commun. Il ne répond à aucune question légitime. Il serait utile de connaitre la date de la mise en œuvre de ce plan. Le procureur utilise le mot «plan commun» sans savoir ce que cela veut dire. Il utilise ce mot et le fait expliquer par un autre. S’il y a eu un plan commun, il y a eu un avant plan commun et un après plan commun. Or le procureur ne peut même pas dire s’il y a avant ou après plan commun. Le procureur a dû ramener le plan commun dans le passé pour tenter de l’expliquer. Mais il n’y est pas arrivé. Comment faire coïncider les propos du procureur avec la réalité que nous ont dit ces propres témoins. Alors le procureur a inventé ses propres réalités bien différentes que ce qu’ont donné ses témoins. Personne par mis ces témoins n’a confirmé ce plan commun. Il y a un trou dans la démonstration du procureur », a démontré Emmanuel Altit. Avant d’expliquer que le procureur a inventé une réalité autre que celle qui a eu lieu en Côte d’Ivoire. Et ce depuis 2002. Alors que la crise remonte à cette date du coup d’état manqué dont a été victime la Côte d’Ivoire. Dans ces tirs à boulets rouges contre l’Accusation, Maître Agathe Barouan a réagi pour sa part pour soutenir que le narratif de l’accusation est fragile. «Parce qu’il ne repose sur rien. Ou parce qu’il ne repose sur une enquête en bonne et due forme. Ce narratif est la copie conforme du narratif défendu par les autorités rebelles en ce moment en côte d’Ivoire. Peut-être pour cela que l’enquête est faite avec des choses défaillantes, l’absence significative de corroboration, l’absence de preuves médicales sérieuses. Pour répondre à ces phases béantes, le procureur a dans sa réponse écrite présenté de nouvelles théories sur la façon dont il fallait interpréter sa preuve. Il présente une interprétation qu’il dit fondé, et quand il est mis en difficulté par la défense, il propose une nouvelle interprétation et cela n’a jamais de fin. Cela est inacceptable aujourd’hui. Parce que le procureur a déposé un document de 1500 pages. Il ne peut donc revenir à volonté comme bon lui semble sur son interprétation car la défense révèle une incohérence sur les documents. Aujourd’hui le piège s’est refermé. Ce narratif est construit uniquement sur des aprioris. Un narratif préconçu, constitué avant toute enquête», a martelé, entre autres faits évoqués, Maître Barouan. En plus des arguments tangibles apportés par Maître Jennifer Naouri qui a enfoncé le clou en démontrant la faiblesse des expertises, l’utilisation excessive des ouï-dire, la mauvaise qualité des preuves du procureur. «Les nombreux éléments de preuve du procureur n’ont pas été correctement authentifiés, à savoir les documents militaires, administratifs, le registre de la résidence de Laurent Gbagbo. Il y a eu manifestement manipulation pour créer de faux documents pour qu’ils paraissent vrais. Le procureur n’a pas voulu authentifier des dizaines de pièces par ses témoins notamment les chefs militaires», a dénoncé Maître Naouri. Avant d’exposer aux juges la faiblesse notoire des preuves collectées par le procureur auprès d’associations, de mouvements et de collectifs tous proches d’Alassane Ouattara pendant la crise. «Le procureur s’est remis à des intermédiaires pour entrer en contact avec des témoins et obtenir des preuves documentaires. Une bonne partie de ces preuves sont basées sur ce que lui ont remis ces intermédiaires et non sur une enquête autonome et fiable. Pas un mot du procureur sur ces intermédiaires, qui sont des associations politiques et les autorités ivoiriennes. Ce qui rend suspect bon nombre d’éléments de preuve collectés», a fait savoir l’avocate aux juges. Reste aux juges d’en trier les conséquences de droit qui s’imposent. Au regard des faits évoqués par les différents avocats sont sans doute fini par convaincre les juges et qui ont démontré que les charges contre Gbagbo et Blé Goudé Blé Goudé ne sauraient prospérer.

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