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Fabien Eboussi Boulaga, philosophe camerounais de renom, a rendu l’âme le samedi13 octobre 2018 à l’âge de 84 ans après avoir passé deux semaines à la clinique Jourdain de Yaoundé.

Evocation de la trajectoire de l’homme

Fabien Eboussi Boulaga est une figure polémiste connue au Cameroun surtout après la publication de deux ouvrages: “Bantou problématique” en 1968 et “La marque” en 1974. Ces deux livres ont suscité, en effet, une levée de boucliers dans les milieux ecclésiastiques et ont appelé au départ organisé des missionnaires. Trois ans plus tard, le Théologien catholique fait paraître “La crise du Muntu”, ouvrage notoirement reconnu qui aborde les questions d’authenticité culturelle. Dans les années 70, cette thématique était, singulièrement, à la mode et tenait en haleine le gratin littéraire d’ici et d’ailleurs. En 1980, Eboussi Boulaga a décidé de quitter le giron des Jésuites et a demandé à revenir à la vie laïque. Son départ de la vie sacerdotale était le corollaire d’une décision mûrement réfléchie après avoir affirmé avoir “perdu” la foi depuis 1969.

Un an après avoir abandonné la prêtrise, Eboussi publie “Christianisme sans fétiche”, parution qui met sur la sellette les préceptes dogmatique et métaphysique du catholicisme dans un contexte colonial. Titulair e d’une licence en Théologie de l’Université de Lyon et d’un Doctorat en Philosophie et Lettres, Eboussi a fait valoir ses services en tant qu’enseignant à Abidjan, puis il a été recruté à l’Université de Yaoundé.

Dans les années 80, le Philosophe est devenu actif dans des réseaux associatifs de défense des droits de l’Homme. D’après Ludovic Lado, Anthropologue, Eboussi Boulaga fait, désormais, partie du panthéon d’intellectuels africains qui, au lendemain des indépendances, ont problematisé, avec une certaine singularité, le devenir de l’Afrique. La parution d’un ouvrage collectif célébrant la richesse et l’originalité de sa pensée a coïncidé, chez la maison d’édition Karthala, avec la re-édition de son ouvrage sur les conférences nationales en Afrique publié en 1993, un an avant d’être recruté comme enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale(Ucac). Celui que la préface du collectif présente comme “un baobab de la pensée camerounaise et africaine” s’est fait remarquer, ces trente dernières années, par une de-construction, sans complaisance, des formes de vérités exotique et fétichiste, lesquelles constituent l’architecture d’une pensée, d’une croyance et d’une praxis alienée, acculturée et de-socialisée dans le continent noir. Les différentes contributions de l’ouvrage collectif, regroupées selon les principaux axes de la pensée d’Eboussi Boulaga, montrent, tour à tour, qu’il est un intellectuel exigeant et intransigeant, qui a le mérite d’avoir, dans la discrétion, identifié et subverti le dogmatisme épistémologique, lequel hante la production des discours philosophique, théologique et politique en Afrique post-coloniale.

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